Né au sein d’une famille aisée et cultivée, Vassily Kandinsky suit des études de droit. À 30 ans, en 1896, il tombe en arrêt devant une Meule peinte par Claude Monet. Un an plus tôt, il chavirait en entendant Lohengrin, opéra de Richard Wagner. Ainsi le jeune Russe, devenu citoyen allemand puis français, allait devenir peintre, pour toute son existence. Chez cet homme, l’art est une nécessité intérieure. Formé à la musique dès son plus jeune âge – il joue du violoncelle et de l’harmonium –, Kandinsky est « synesthète » : il perçoit réellement les sons et les rythmes en couleur. Cette particularité neurologique le nourrit profondément. Il rêve de créer une grammaire visuelle équivalente au langage musical. Pour y parvenir, l’artiste fait chanter les couleurs, danser les lignes et crée des accords de formes. Réalisée en 1925, alors qu’il est enseignant à l’école d’avant-garde du Bauhaus, en Allemagne, Jaune-Rouge-Bleu synthétise sa quête esthétique et donne le tempo de la peinture abstraite des années qui vont suivre. Musique, maestro !

Kandinsky : quand les couleurs deviennent une symphonie pour l’âme

Convaincu que « la couleur est un moyen d’exercer une influence directe sur l’âme », Vassily Kandinsky organise son tableau à la manière d’une composition musicale en accordant trois couleurs. « Jaune-rouge-bleu : les trois couleurs originelles. Sans ces trois couleurs primaires pures ou mélangées, il n’y a pas d’harmonie dans l’œuvre d’art », précise-t-il. Ici, les jaunes deviennent des cuivres vibrionnant, les bleus jouent des basses spirituelles et le rouge vibre d’un tambour passionné. Comme dans une symphonie, chaque élément, pris isolément, suscite une émotion, mais l’ensemble ne produit son effet que dans les interactions.

Secrets de fabrication d’un tableau

Pour guider l’œil du spectateur de gauche à droite, Vassily Kandinsky a divisé son tableau en deux, le partageant entre un ordonnancement géométrique – un carré jaune lumineux, un rectangle rouge, un cercle bleu profond – et des courbes, des lignes ondulées, des formes aux ombres glissantes. Ces dernières distillent le sentiment d’improvisation, de mouvement et de vibration.

Une œuvre qui résume à elle seule tout l’esprit du Bauhaus

Réalisée dans le contexte du Bauhaus, école où Kandinsky enseignait la théorie des formes et des couleurs, cette œuvre reflète l’idéal de ce mouvement formé autour de l’architecte Walter Gropius. Ce courant cherchait à unir tous les arts, de la peinture au design, en passant par le spectacle vivant. En incarnant une peinture qui n’imite pas le réel mais invente son propre langage, émotionnel et universel, Jaune-Rouge-Bleu hisse haut les couleurs de l’avant-garde allemande.

Une œuvre d’art abstrait qui cache des visages et une oreille

L’œil ne peut s’empêcher de voir des formes figuratives dans ce chef-d’œuvre de l’art abstrait ! À gauche, on distingue sur fond jaune, avec son œil cerclé de rouge, un profil humain qui rappelle les têtes composées de l’Italien Arcimboldo. Au centre du tableau, dans la grande croix rouge, une forme contournée dans l’ombre ressemble trait pour trait à une oreille !

L’exposition à voir

Ayez les yeux et les oreilles grands ouverts ! Pour la première fois, la Philharmonie de Paris, en partenariat avec le Centre Pompidou fermé pour travaux, replace l’œuvre de Vassily Kandinsky dans l’effervescence musicale de son temps. Grâce à une scénographie immersive et un parcours au casque, plongez à travers plus de 200 œuvres dans une symphonie de couleurs inédite !

Kandinsky. La Musique des couleurs, Philharmonie de Paris, jusqu’au 1er février 2026.

Les grandes étapes de la vie de Kandinsky, pionnier de l’art abstrait

1866 Naissance à Moscou.

1896 Abandonne le droit pour la peinture et part à Munich.

1909 S’installe à Murnau, dans les montagnes de Bavière, avec son élève et compagne Gabriele Münter.

1911 Fondation du Blaue Reiter (« le Cavalier bleu ») avec le peintre Franz Marc. Publication de son premier essai théorique, Du spirituel dans l’art, où il attribue aux couleurs un rôle émotionnel et symbolique central, posant les bases de l’abstraction.

1914 Retour en Russie.

1921 Enseigne au Bauhaus en Allemagne, jusqu’à la fermeture de l’école par les nazis en 1933. Se réfugie à Paris.

1939 Obtient la nationalité française.

1944 Le 13 décembre, Kandinsky s’éteint à Neuilly-sur-Seine, près de Paris. Son épouse, Nina Kandinsky, lègue en 1980 ses collections au Centre Pompidou.

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