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La grève des médecins libéraux, entamée le 5 janvier, est entrée dans le dur depuis ce week-end. La plupart des blocs opératoires et des salles d’accouchement des cliniques privées cessent leur activité jusqu’à jeudi matin. À Toulouse, où la grève concerne plusieurs dizaines de praticiens, l’hôpital public s’organise mais les urgences et la maternité débordent.

Dans les couloirs de la maternité Paule-de-Viguier (CHU de Toulouse), ce lundi 12 janvier, des papas avec des valises croisent des soignants qui tournent d’une chambre à l’autre dans un ballet savamment orchestré. Derrière le calme apparent, tout le service bourdonne comme une ruche. En bas, seize mamans sont en train d’accoucher, toutes les salles sont pleines.

Depuis mercredi, l’hôpital a vu son activité obstétrique augmenter, puis décupler ce week-end. La grève des médecins libéraux, prévue du 5 au 15 janvier, est entrée dans sa phase la plus critique. Depuis dimanche et jusqu’à jeudi matin, les maternités de quatre cliniques privées (Rive Gauche, Croix du Sud, L’Union, Occitanie) sont à l’arrêt. Soit l’équivalent d’une vingtaine d’accouchements par jour à absorber.

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Le CHU de Toulouse, qui a activé le plan blanc, voit son activité obstétrique doubler. « Jusqu’ici, nous sommes arrivés à absorber cet afflux supplémentaire mais maintenant, ça devient très compliqué pour les lits de suite de naissance », explique le Pr Paul Guerby, responsable du service d’obstétrique au CHU de Toulouse. Ses équipes cherchent des solutions de sortie en proposant des transferts vers la maternité de la clinique Ambroise Paré, qui n’est pas impactée par le mouvement, ou vers les maternités grévistes où les futures mamans étaient initialement suivies. Les transferts vers les maternités publiques des départements voisins ne sont pas possibles car les ambulances sont mobilisées pour les autres urgences dans un contexte de grève dure et suivie par les médecins libéraux des cliniques privées.

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« Nous avons anticipé en proposant un plan dès mercredi, suivi par la Direction. Quatre salles d’accouchement et une salle de césarienne en plus ainsi que douze lits de suite de naissance ont été ouverts. Du personnel a été appelé en renfort, tous les cadres restent sur place jour et nuit. Nous sommes fiers de toute cette implication des équipes pour assurer des soins de qualité aux patientes. Même les agents d’accueil viennent nous demander comment aider », complète le gynécologue obstétricien. Des sorties dites « précoces » font également partie de la stratégie mise en place grâce à l’implication des sages-femmes libérales qui peuvent assurer un suivi à domicile.

« Les équipes sont très compétentes, on peut les applaudir »

Adèle est née le 11 janvier à la maternité Paule-de-Viguier. Elle est entourée de ses parents, Estelle et Sekou Cissé, et de Nathalie Laurenceau, cadre sage-femme au CHU de Toulouse.

Adèle est née le 11 janvier à la maternité Paule-de-Viguier. Elle est entourée de ses parents, Estelle et Sekou Cissé, et de Nathalie Laurenceau, cadre sage-femme au CHU de Toulouse.
DDM – LAURENT DARD

« Nous sommes en suractivité avec 50 accouchements de plus dans les trois derniers jours mais nous faisons en sorte que les patientes ne ressentent que de la sécurité en venant ici, nous ne voulons pas leur ajouter de stress », complète Nathalie Laurenceau, cadre sage-femme qui coordonne le service. C’est ce qu’elle explique ce lundi après-midi à Estelle et Sekou Cissé, parents de la petite Adèle, née la veille. « On nous a accueillis comme s’il ne se passait rien de spécial autour. Franchement, on peut tous les applaudir », témoigne Estelle. « Je devais accoucher sur le plateau technique de la clinique Rive Gauche mis à disposition pour les sages-femmes libérales mais qui est fermé en raison de la grève. Quand on l’a appris, ça a généré un peu de stress. J’ai eu mes premières contractions dimanche à 14 heures, on a appelé Purpan à 15 heures. À 16 heures, nous étions là, et coup de chance, la salle d’accouchement physiologique était disponible. Adèle est née à 17 h 47. Tout s’est passé dans les meilleures conditions, comme on l’aurait voulu. Les équipes sont très compétentes », témoigne la maman.

Au pic de l’épidémie de grippe

Aux Samu et aux urgences adultes, l’impact de la grève dans les cliniques de l’agglomération est également énorme, malgré les renforts en ressources humaines. Le centre d’appels du 15 reçoit entre 2 000 et 2 200 appels par jour. Dans les cas les moins urgents, il faut parfois attendre deux heures pour avoir un avis médical ou une proposition de rendez-vous.

Ce lundi, vers 18 heures, le flux de patients aux urgences ne décroissait pas. « À Rangueil, nous avons 55 patients couchés pour 13 boxes, à Purpan, ils sont 75 pour 40 boxes. Les couloirs sont pleins avec des patients qui ne peuvent pas être reçus dans les urgences des cliniques qui n’ont plus d’activité de radiologie ou de chirurgie, et nous sommes, en plus, au pic de l’épidémie de grippe. Notre problème, c’est d’absorber ce flux », déclare le Pr Sandrine Charpentier, cheffe du pôle urgences du CHU de Toulouse qui constate un doublement du nombre de passages. Les réunions s’enchaînent pour trouver des solutions qui passent parfois par des déprogrammations d’opérations afin de libérer les blocs opératoires pour des urgences, notamment en traumatologie.