Psychiatres et infirmiers ont dénoncé, lundi matin, devant la maison d’arrêt de l’agglomération, le climat de «suspicion de corruption» qui règne dans l’établissement. Une source d’inquiétude supplémentaire alors que leurs conditions de travail sont déjà dégradées par la surpopulation carcérale.

De mémoire de soignant, il s’agissait de la première mobilisation de blouses blanches aux portes de la maison d’arrêt de Nantes. Lundi 12 janvier, quelque vingt-cinq psychiatres et infirmiers se sont rassemblés pour faire entendre leur mécontentement face ce qu’ils perçoivent comme une dérive des contraintes sécuritaires au sein de la prison. Un mouvement «de résistance» jugé nécessaire par ces soignants à bout.

Tous affiliés au sein du service médico-psychologique régional (SMPR), l’unité du CHU de Nantes dédié aux soins aux personnes détenues, les soignants mobilisés se sont en particulier émus d’une nouvelle obligation qui leur impose d’utiliser un sac transparent dans l’établissement. Instaurée en début d’année, la mesure a été mal accueillie par les professionnels de santé.


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Surpopulation carcérale étouffante

«L’accumulation des mesures sécuritaires sur fond de suspicions de corruption alimente un climat qui abîme notre capacité à proposer des soins dignes et éthiques», explique David Sechter, psychiatre au SMPR du CHU de Nantes. Le soignant évoque un manque de concertation banalisé au sein de l’établissement pénitentiaire qui se traduirait, notamment, par des réquisitions de cellules de l’hôpital de jour. Soit des places récupérées au nez et à la barbe du SMPR, sans la moindre consultation préalable. «Nous craignons aussi de ne pouvoir travailler autrement que sous surveillance. Nos relations avec les patients doivent rester confidentielles, ce qui est difficile à mettre en œuvre dans des cellules où cohabitent trois détenus», ajoute David Sechter.

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Le personnel soignant dénonce également la lente dégradation des conditions de travail au sein du centre pénitentiaire. Le SMPR se trouve ainsi dépassé par «la surpopulation carcérale étouffante». Le nombre de détenus à la maison d’arrêt de Nantes était d’environ 880 en décembre, pour 420 places. Selon leurs calculs, les soignants en sont rendus à 1,5 psychiatre et 8,5 infirmiers pour 1000 détenus. Avec seulement vingt places, l’hôpital de jour de la maison d’arrêt est débordé de manière permanente, mettant à bout de forces les équipes de soins.

La direction de l’établissement a reçu les soignants mobilisés, lundi matin. «Prévu par le plan Vigipirate, le dispositif des sacs transparents est nécessaire pour mieux contrôler nos structures. Préparée depuis sept mois, cette mesure est appliquée à l’ensemble du personnel, dont la direction. À ce titre, plus de 700 sacs ont été acquis par l’établissement», indique au Figaro Dieudonné Mbeleg, directeur du centre pénitentiaire de Nantes. Jugeant la contestation de ces sacs «complètement anecdotique», le chef d’établissement a indiqué néanmoins comprendre les préoccupations plus générales sur le travail des soignants à l’aune de surpopulation carcérale.