Saisie pétrole RusseRéalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

La saisie par les États-Unis de deux pétroliers liés à ce que Washington qualifie de « flotte fantôme » russe ne relève pas d’un simple épisode de police maritime. Elle s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large, où l’énergie, le droit international et la puissance militaire se mêlent étroitement. L’opération, conduite en haute mer par la Garde côtière américaine dans l’Atlantique Nord et la mer des Caraïbes, vise officiellement des violations du régime de sanctions. En réalité, elle révèle un durcissement stratégique assumé.

Le premier navire, le Marinera, anciennement Bella 1, a été intercepté loin de toute eau territoriale. Moscou dénonce une violation flagrante de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, rappelant que le bâtiment naviguait sous pavillon russe temporaire, régulièrement attribué quelques jours auparavant. Pour la Russie, il s’agit d’un précédent dangereux : l’usage de la force contre un navire dûment enregistré en haute mer remet en cause le principe fondamental de liberté de navigation, si souvent invoqué par les puissances occidentales dans d’autres contextes.

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À cette opération s’est ajoutée la saisie, dans les Caraïbes, du tanker Sophia, sans pavillon et transportant du pétrole vénézuélien. Les autorités américaines ont rapidement clarifié le message politique. Selon Washington, ces actions s’inscrivent dans une stratégie de « stabilisation » du Venezuela, destinée à forcer les autorités de Caracas à coopérer directement avec les États-Unis pour l’exportation de leur pétrole. Le pétrole, acheté puis revendu par des circuits contrôlés, deviendrait ainsi un instrument de pression économique et politique.

Cette lecture est confirmée par l’annonce quasi simultanée de discussions entre la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne et Washington, ainsi que par les déclarations sur de possibles livraisons massives de brut aux États-Unis. L’énergie n’est plus seulement une ressource : elle devient un levier de contrôle, au cœur d’une redéfinition de la sphère d’influence américaine dans l’hémisphère occidental, que l’on peut interpréter comme une réactivation élargie de la doctrine Monroe.

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La réaction russe ne s’est pas fait attendre. À Moscou, certains responsables politiques ont qualifié la saisie d’« atteinte au territoire russe », appelant à des représailles. Dans le même temps, le Kremlin semble conscient des risques d’une escalade directe avec Washington. D’autant plus que, selon plusieurs informations, des unités navales russes se trouvaient à proximité du pétrolier lors de l’arraisonnement, sans intervenir. Le signal est clair : protestation politique forte, mais retenue militaire calculée.

Le rôle du Royaume-Uni dans l’opération, avec un soutien logistique et de surveillance fourni à la demande américaine, ajoute une dimension transatlantique significative. Londres assume un alignement étroit avec Washington, soulignant la profondeur de la relation stratégique entre les deux pays. Mais ce choix renforce aussi, aux yeux de Moscou, l’idée d’un front occidental prêt à instrumentaliser le droit maritime à géométrie variable.

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Au-delà du cas précis des pétroliers, l’épisode révèle une hiérarchie des priorités. Tandis que les États-Unis affirment leur contrôle sur les flux énergétiques en Amérique latine, les garanties de sécurité réclamées par l’Ukraine restent limitées et ambiguës. Ce décalage n’échappe pas au Kremlin, qui peut y voir la confirmation que Washington privilégie la consolidation de ses intérêts énergétiques et géopolitiques régionaux plutôt qu’un affrontement direct avec la Russie sur le théâtre européen.

Enfin, cette affaire met en lumière une tendance lourde : la judiciarisation et la militarisation croissantes des relations énergétiques internationales. La saisie de navires, l’usage extensif des sanctions et l’intervention directe en haute mer dessinent un paysage où la frontière entre droit, coercition économique et action militaire devient de plus en plus floue. Dans ce contexte, l’énergie n’est plus seulement au cœur des rivalités géopolitiques : elle en devient l’un des principaux champs de bataille.

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