En l’espace de dix jours à peine, le Parc des Princes a accueilli deux affiches entre le Paris Saint-Germain et le Paris FC, offrant un contraste saisissant dans les scénarios mais une étonnante continuité dans les discours. En Ligue 1 d’abord, avec une victoire du PSG (2-1) dans un match globalement maîtrisé malgré une résistance honorable du PFC. Puis en Coupe de France, avec l’exploit retentissant du club parisien venu éliminer le double tenant du titre (0-1). Deux rencontres, deux compétitions, deux vainqueurs… et pourtant, aucune étincelle durable n’est venue nourrir l’idée d’un véritable derby. Ni sur le terrain, où la hiérarchie globale n’a pas été bouleversée, ni en tribunes, ni surtout dans les prises de parole. L’opposition PSG–Paris FC n’a pas pris la dimension émotionnelle et identitaire propre aux grandes rivalités, malgré les quelques mètres qui séparent le Parc des Princes du stade Jean Bouin. Beaucoup de bruit pour rien ? En tout cas, ces deux affiches sont loin d’avoir apporté le piment promis par certains supporters et observateurs.

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Sportivement, ces deux matches ont surtout mis en lumière l’écart structurel qui sépare encore les deux projets. Lors de la rencontre de Ligue 1, le Paris FC avait déjà assumé son statut d’outsider, cherchant avant tout à exister collectivement face à une équipe taillée pour les sommets européens. Après la défaite (2-1), Maxime Lopez avait parfaitement résumé la situation, sans faux-semblants : « par rapport à la localisation des deux stades mais aujourd’hui, il y a trop d’écarts entre le PSG et le PFC. Nous, on doit se maintenir, et après, on pourra peut-être écrire une histoire, déjà en L1 et créer un derby… Pour vous, la presse, ce serait beau mais on en est au début du projet, ce serait présomptueux de parler de réel derby ». Une déclaration lucide, qui conserve toute sa pertinence malgré l’exploit réalisé en Coupe de France, tant ce succès s’inscrit davantage dans la logique d’un match couperet que dans celle d’un renversement durable de pouvoir. Et ce n’est pas le triple tifo déployé par les ultras parisiens, prenant surtout la forme d’un clin d’oeil historique plus qu’autre chose, qui changera réellement l’impression laissée en ce mois de janvier 2026.

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Pas de réelle rivalité ?

Même quelques minutes après l’élimination du PSG, aucun acteur n’a cherché à transformer cet exploit en acte fondateur d’une rivalité naissante. Du côté parisien, Luis Enrique n’a pas voulu donner plus de portée symbolique que nécessaire à cette défaite. « Cette défaite peut pimenter la rivalité avec le PFC pour l’avenir ? Pas spécialement ». Un avis immédiatement partagé par Stéphane Gilli, conscient de la nécessité de garder les pieds sur terre malgré l’ampleur du résultat. « Rivalité lancée ? Non. Il va falloir du temps au Paris FC pour s’approcher du PSG. Je suis content du résultat et de la performance, mais on ne peut pas parler de rivalité. On ne va pas s’enflammer ». Deux discours alignés, qui traduisent une même volonté de ne pas surinterpréter un résultat isolé, aussi marquant soit-il, et de replacer cette confrontation dans un contexte sportif beaucoup plus large. Même analyse partagée par le passeur décisif Ilan Kebbal : «début d’une rivalité ? Non ils sont beaucoup trop forts pour nous pour l’instant, et ils sont très loin de nous et de beaucoup d’équipes. Aujourd’hui, on a gagné, on est content».

Enfin, cette absence de rivalité s’est également ressentie dans l’atmosphère du Parc des Princes, révélatrice des véritables lignes de fracture émotionnelles du football parisien. Lors du match de Ligue 1, disputé huit jours plus tôt, les tribunes du PSG avaient davantage vibré à l’évocation de l’Olympique de Marseille, chanté à l’unisson en pleine rencontre, à quelques jours du Trophée des Champions au Koweit. Un symbole fort, rappelant que l’ennemi historique demeure ailleurs. Même lors du succès du Paris FC en Coupe de France, la retenue a dominé, à l’image de Jonathan Ikoné, formé au PSG et buteur décisif, qui n’a jamais cherché à provoquer, refusant même une célébration. « Je ne peux pas oublier d’où je viens. Ils m’ont tout donné, tout appris. Je serais reconnaissant jusqu’à la fin de ma vie. Bien sûr que je ne vais pas célébrer ici ». Entre respect mutuel, lucidité sportive et absence d’ancrage populaire profond, PSG et Paris FC se sont croisés deux fois en dix jours sans faire naître autre chose qu’une rivalité de façade, davantage fantasmée que réellement vécue.

Pub. le 13/01/2026 09:27
– MAJ le 13/01/2026 11:08