De passage pour quelques jours dans la Ville lumière, si riche en propositions culturelles, et avant de regagner celle du Vendée Globe, nous avons mis le cap vers le musée national de la Marine pour découvrir une exposition immersive qui vous embarque à bord du premier tour du monde. Pour être plus précis, un tour du monde lancé par Magellan, mais achevé par Elcano, puisque l’initiateur du voyage meurt aux Philippines en 1521, lors d’un affrontement.
Il est rare qu’une exposition parvienne à tenir en haleine petits et grands, qu’elle sache allier la qualité du fond et celle de la forme, qu’elle propose une expérience pour les sens tout en nourrissant la culture et l’intelligence. Avec Magellan, un voyage qui changea le monde, le pari est réussi.
Une première salle vous invite à vous placer sur une grande carte maritime, partageant le monde du XVIe siècle entre les Espagnols et les Portugais. La cloche de la cathédrale de Séville sonne. C’est l’heure d’embarquer à bord de l’un des cinq navires confiés par le roi d’Espagne à Magellan le Portugais, nommé capitaine général de l’expédition. Avec cet objectif : rejoindre l’île aux épices et aux girofles, les Moluques, plus vite que les autres, et emporter ainsi une victoire maritime et commerciale ; et en pariant sur cette promesse : prendre, au milieu du nouveau continent découvert par Colomb, une voie de traverse, méconnue de tous.

@Iris Bridier
Mettez les voiles !
Et nous voici partis, de salle en salle, au gré d’écrans tendus comme des voiles, à la suite de personnages hauts en couleurs, de paysages à couper le souffle, de tempêtes dantesques, immergés en récits et en images, à l’intérieur des navires, au cœur des mutineries, à la découverte des indigènes, jusqu’au détroit qui porte désormais le nom de l’illustre navigateur. On pense à Jean Raspail au souvenir de Magellan nommant la Patagonie, faisant face à ce peuple de géants, désignant Tierra del Fuego, cette contrée d’où il voit jaillir des fumées embrasées. C’est son compagnon de voyage, Pigafetta, dont on lit le récit, qui sert de fil conducteur à l’exposition, rendant à la fois grandiose et intime, universel et personnel ce voyage de légende, le premier qui boucla le tour de notre terre ronde.

@Iris Bridier
In fine, saluons cette nouveauté : les grandes institutions ont compris que, pour faire savant, les poussiéreuses vitrines alignées, les panneaux explicatifs, les salles vides de meubles, de vie mise en scène, « parce qu’au Moyen Âge, on ne faisait que passer dans ce château et que la cour n’y vivait que quelques mois par an », tout cette armada – de ce que Philippe de Villiers appelle « les historiens, devenus des médecins légistes » – était promis aux oubliettes par un public plus féru d’Histoire vivante qu’ils ne le pensaient. Et si le Puy du Fou, le Rocher Mistral, la Dame de Pierre, Murmures de la Cité, toutes ces mises en lumières et spectacles historiques, conspués et régulièrement censurés par la gauche morale les jugeant trop blancs, trop ploucs, trop arriérés, avaient finalement réussi à donner le ton au Paris culturel ? (En cette nouvelle année, il est encore temps de former des vœux…) En tout cas, bravo au musée national de la Marine qui fait figure de proue, et bon vent à Magellan ! À voir et à revoir jusqu’au 1er mars.
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