Performance personnelle, sélection en équipe de France et relation privilégiée : l’ancien milieu de Montpellier Rémy Cabella s’est totalement émancipé sous l’influence de Rolland Courbis.
Rémy Cabella a passé cinq ou six mois au côté de Rolland Courbis pour sa dernière saison complète (2013-2014) à Montpellier. Une saison bouclée par le maintien, 14 buts et la sélection en équipe de France et la participation au Mondial au Brésil.
Quelle a été votre réaction à l’annonce du décès de Rolland Courbis ?
Je l’ai appris comme tout le monde lundi matin dans le vestiaire (à Nantes, NDLR). J’ai été beaucoup, beaucoup touché. Ça m’a fait quelque chose parce que c’est Rolland. Cela va faire bizarre de ne plus l’entendre.
Je ne l’ai connu que quelques mois, mais quelques mois avec Rolland, ça vaut 10 ans. C’est quelqu’un du Sud. On a un peu les mêmes trucs, on s’est très bien entendus. C’était un personnage, mais quand il avait son rôle de coach, c’était autre chose.
Aviez-vous tissé une relation privilégiée avec lui ?
Oui, parce que j’étais un des cadres de l’équipe. Il me prenait deux à trois fois par semaine dans son bureau pour discuter. Il aimait bien parler et j’aimais bien l’entendre. Avec Rolland, la conversation ne dure jamais 30 secondes.
Avez-vous un souvenir précis de la première fois que vous l’avez rencontré ?
Quand il est arrivé la première fois à Grammont, on était impressionnés. Rolland, c’est un personnage. Pour nous, pour tout le foot et le sport.
Quand Laurent (Nicollin, NDLR) nous l’a présenté, on l’a tous regardé avec des yeux… L’homme que l’on entendait tous les jours à la radio est bien là dans le vestiaire, il va être là pour nous aider à nous sauver. Il a un tel charisme. Dès qu’il rentrait dans une pièce, il y avait quelque chose.
Comment s’est donc passée cette expérience auprès de lui pendant six mois ?
Les meilleures causeries de ma vie de footballeur, que j’ai vécues, c’était avec Rolland.
C’est la première fois de ma vie où on a rigolé lors d’une causerie. C’était avant un match face à Paris. Il savait lire chez les hommes et les joueurs. Il a réussi à nous apaiser, créer calme et une assurance face à Paris. Il avait cette force-là, il était très très intelligent.
Au niveau personnel, a-t-il eu une influence sur votre carrière ?
C’est un des coachs qui m’a le plus compris. Il m’a fait jouer à mon poste, il m’a laissé une totale liberté. Et même un jour, dans un match, je reviens défendre, mais un peu dans notre camp. À la mi-temps, il vient me voir et il me dit, « Rémi, je ne veux pas te voir dans notre partie de terrain. Tu reviens, mais tu restes devant. Parce que le ballon, on va le récupérer et il va tomber dans tes pieds. »
Cela avait fonctionné. Cela m’avait permis de m’épanouir et d’avoir plus de stats, de marquer, de faire marquer. Cela m’avait fait le plus grand bien et permis d’être sélectionné en équipe de France.
Il a contribué à tout ça. Que cela soit à travers mon comportement sur le terrain, ou en dehors dans sa communication. Et dans ma propre communication. Il m’avait conseillé pour bien parler, bien en parler et faire en sorte que les journalistes en parlent. Et je m’en rappellerai toute ma vie. Et je ne le remercierai jamais assez.
Au quotidien, quel type d’entraîneur était-il ?
Il y avait Rolland en dehors du terrain, dans le vestiaire en particulier, et il y avait Rolland avec le sifflet à la main. Il ne voulait pas perdre, il voulait nous faire progresser et gagner.
Des fois à l’entraînement, en début de semaine où on n’avait rien à faire pratiquement, il arrivait, il disait « Bon les gars (il imite sa voix NDLR), aujourd’hui je vous laisse avec Pascal (Baills, son adjoint NDLR). Moi je dois aller à la radio. Travaillez bien, je vous dis à demain. Bon entraînement. »
Avez-vous l’impression qu’une page se tourne avec sa disparition et celle de Jean-Louis Gasset ?
C’est dur de dire ça, ça veut dire qu’on les oublie. Ils sont toujours là, quoi qu’il arrive. Leur personnalité et leurs phrases, tout ce qu’ils ont apporté au foot, ça restera.
Même si Rolland était très très malin, aujourd’hui, tout est un peu calculé. Les gens font attention à ce qu’ils disent ou refusent certaines questions. Eux, ils étaient sans filtre. Avec des coaches comme ça, quand tu n’as pas été bon, ils te le disent. Sur le moment, cela fait mal, mais ils savent comment te le dire. S’ils avaient quelque chose à dire, ils le disaient. C’était leur force.