Devant une salle comble, le procès en appel de la patronne de l’extrême droite française Marine Le Pen et de son parti le Rassemblement national a débuté mardi à Paris, ouvrant un mois d’une audience décisive pour sa candidature à la présidentielle de 2027.
En veste bleu nuit et chemisier rose, la députée de 57 ans a fait son entrée accompagnée de ses deux avocats vers 12 h 10 GMT sous les boiseries de la première chambre du palais de justice de Paris, au cœur de la capitale française, une vingtaine de minutes avant l’ouverture du procès.
Pour cette audience à hauts enjeux politiques où 11 personnes et le parti seront jugés jusqu’au 11 février, des centaines de journalistes du monde entier ont fait le pied de grue, depuis le petit matin pour certains, dans les galeries de la cour d’appel. La décision devrait être rendue à l’été.
Au moment où l’extrême droite a le vent en poupe, avec le nombre sans précédent de 120 députés Rassemblement national (ex-FN) à l’Assemblée, Marine Le Pen, rattrapée par les pratiques des années de vaches maigres du parti, pourrait voir sa quatrième candidature à l’Élysée empêchée par la justice et devoir céder la place à son poulain Jordan Bardella.
« J’espère pouvoir être entendue par la cour d’appel », a-t-elle glissé dans la matinée avant une réunion de son groupe parlementaire, se disant « dans un état esprit d’espérance, en quelque sorte… ».
La triple candidate malheureuse à l’Élysée a été condamnée pour détournement de fonds publics le 31 mars 2025 par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, c’est-à-dire immédiate, qui l’empêche à date de concourir à la présidentielle. Elle encourt 10 ans d’emprisonnement.
Les juges de première instance l’ont reconnue coupable d’avoir mis en place un « système » entre 2004 et 2016 de captation des enveloppes versées par le Parlement européen aux eurodéputés, destinées à rémunérer leurs assistants dans le cadre de leurs fonctions à Bruxelles et Strasbourg.
Image dégradée dans l’opinion
Pour l’accusation, lesdits assistants travaillaient en réalité pour le seul parti Front national (FN, devenu RN) ou leurs dirigeants.
« Il y a une règle intangible qui a toujours été là, c’est que les fonds qui sont versés à l’assistant parlementaire, c’est pour le député, c’est pas pour le parti. Cette règle-là a toujours existé », a rappelé l’avocat en partie civile du Parlement européen, Me Patrick Maisonneuve.
Le tribunal a établi le préjudice à 3,2 millions d’euros, une fois déduit 1,1 million d’euros déjà remboursés par une partie des prévenus — ils étaient 25 en première instance, douze ont renoncé à faire appel malgré leur condamnation, dont la propre sœur de Marine Le Pen, Yann Le Pen.
Si Marine Le Pen n’a pas abandonné l’espoir d’être relaxée, une déclaration de culpabilité n’obérerait pas sa possibilité de concourir à la présidentielle de 2027 mais à une double condition : qu’une éventuelle peine d’inéligibilité soit inférieure à deux ans et que les magistrats renoncent à la condamner au port d’un bracelet électronique, perçu comme incompatible avec la possibilité de mener une campagne.
Elle a quoi qu’il en soit indiqué que la seule décision de la cour d’appel déterminera son avenir, sans attendre une éventuelle décision de la Cour de cassation, la plus haute juridiction française — bien que cette dernière entende se prononcer, si elle devait être saisie, avant l’échéance présidentielle.
Neuf mois après sa condamnation, Marine Le Pen a déjà vu son image se dégrader dans l’opinion, l’idée d’une candidature de substitution de Jordan Bardella, actuel président du RN, à l’Élysée s’étant peu à peu imposée comme la plus probable.
Qu’importe : cet automne, Marine Le Pen avait pris la peine de rappeler qu’il était « sûr et certain » qu’elle briguerait à nouveau l’Élysée si elle pouvait être candidate. Tout en reconnaissant que, à défaut, « Jordan Bardella peut gagner à ma place ».