Nouvelle tempête pour CNews. En direct, Pascal Praud a affirmé qu’il était difficile pour les policiers d’intervenir face à des agriculteurs « blancs ». Une sortie qualifiée de « raciste » par LFI et le PCF, qui saisissent officiellement le procureur de la République.

Pascal Praud de nouveau dans la tourmente. Il est 10 h 18 ce mardi 13 janvier lorsque l’animateur de « l’Heure des pros » se lance dans une analyse des manifestations d’agriculteurs qui fera couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux.

« Manifestement, les policiers font leur travail et les gens en face sont blancs. Vous voyez ? C’est important de le dire parce que ce n’est pas facile pour les policiers », commente-t-il, alors que des affrontements entre agriculteurs et forces de l’ordre ont éclaté sur l’A64. « Ils sont obligés de s’interposer en plus avec des gens avec qui ils partagent parfois les convictions ou […] les origines. Et ils font leur job, les policiers. Et croyez-moi, ce n’est pas facile pour eux. » Un passage qui a provoqué un véritable tollé à gauche, notamment dans les rangs de la France insoumise et des communistes, qui ont annoncé saisir l’Arcom.

CNews : « organe de propagande raciste et suprémaciste »

« En France, n’en déplaise à Pascal Praud, la police n’a pas à agir en fonction de la couleur de peau. Ces propos sont des propos racistes inacceptables. Nous saisissons l’Arcom et le procureur de la République », a réagi Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise. Le député insoumis Raphaël Arnault est même allé plus loin, réclamant « la fermeture de CNews, organe de propagande raciste et suprémaciste ».

Même réaction chez les communistes, où le sénateur Ian Brossat dénonce lui aussi un « racisme à flux continu absolument insupportable » et une chaîne devenue, selon lui, « un dépotoir médiatique ». Il a annoncé de son côté saisir l’Arcom et la procureure de la République « au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale ». Le Premier secrétaire du PS Olivier Faure dénonce quant à lui « une extrême droite totalement décomplexée qui ne masque plus rien du fond de sa pensée ».

Une séquence « sortie de son contexte »

Face au tollé, l’animateur a rapidement tenté de se justifier. Selon lui, la séquence a été « sortie de son contexte » : son analyse faisait référence à des déclarations d’Assa Traoré, tenues quelques jours plus tôt lors d’un débat à l’Assemblée nationale, où elle évoquait « le racisme systémique » au sein de la police. Selon Pascal Praud, il s’agissait donc de montrer le contraste entre ces accusations et la situation vécue par les policiers face à des manifestants « blancs ». Ce qui, selon lui, contredirait les observations de la militante antiraciste.

À noter qu’en juin dernier, la Défenseure des droits, Claire Hédon, rappelait dans un rapport détaillé que « certains groupes sociaux restent surexposés au risque d’être contrôlés ou confrontés à des comportements non professionnels ». Elle citait notamment « les jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins » et les personnes « se déclarant non-hétérosexuelles ».

CNews : une cinquantaine de saisines Arcom depuis 2017

Depuis 2023, « l’Heure des pros » et son animateur Pascal Praud font l’objet d’au moins une dizaine de saisines documentées auprès de l’Arcom, souvent pour des propos jugés discriminatoires ou provocateurs. Ces signalements ont conduit à plusieurs instructions et décisions du régulateur. Quelques exemples documentés :

  • 29 septembre 2023 : saisine massive après une question de Pascal Praud liant punaise de lit et immigration. Selon l’animateur, la recrudescence des punaises de lit en France pouvait être liée à l’immigration. Il s’agit d’un « racisme rance qu’on espérait éradiqué », se sont insurgés des députés Renaissance, annonçant saisir le régulateur des médias.
  • 6 janvier 2025 : dans un éditorial, Pascal Praud remet en cause la solidité de l’accusation dans l’affaire de Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir noué un pacte de corruption avec Mouammar Kadhafi. L’Arcom avait été saisie à la suite d’une séquence pour des propos « dénués de nuance à l’égard du procès alors en cours ».
  • 4 avril 2025 : sur Cnews, Pascal Praud suggère que certaines femmes dénoncent des agressions sexuelles par vengeance, faute d’avoir été désirées. Des propos qui « perpétuent la culture du viol », dénonçaient LFI qui avaient saisi l’Arcom.
  • Le 30 décembre, Cnews avait été mis en demeure par l’Arcom pour des propos tenus sur l’immigration et l’islam lors de deux séquences pouvant inciter à la « discrimination ».

Depuis son lancement en 2017 sous l’impulsion de Vincent Bolloré, CNews a écopé d’une cinquantaine de rappels à l’ordre de l’Arcom. À ce jour, huit sanctions financières ont été prononcées contre la chaîne, la plus lourde (200 000 euros) visant des propos tenus par Éric Zemmour en mars 2021 sur les mineurs isolés, qualifiés « pour la plupart, de voleurs, violeurs et assassins ».