La formation des futurs médecins est un enjeu majeur de la politique de santé. Sans médecin, point de soins. La Lorraine peut compter sur la faculté de médecine de Nancy pour s’y employer. Un presque défi dans un contexte de tensions budgétaires qui n’épargne pas l’enseignement supérieur, comme l’a évoqué le Pr Stéphane Zuily ce lundi 12 janvier. Lors de la conférence de presse de rentrée du CHRU de Nancy, le doyen de la Faculté de Médecine, Maïeutique et métiers de la Santé de l’université de Lorraine a esquissé sa feuille de route pour 2026. Parmi ses projets figure l’installation dès cette année d’une Fédération hospitalière visant à ouvrir de nouveaux lieux de stage aux étudiants et à répondre partiellement à la problématique de pénurie de praticiens dans tous les départements lorrains.
« C’est mon vœu de créer une Fédération lorraine hôpitaux-université pour faire en sorte que, sur l’ensemble des hôpitaux du territoire lorrain, la Meuse, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle et les Vosges, l’on puisse travailler sur la formation des étudiants », a-t-il indiqué. Selon le médecin vasculaire, « sénateurs, maires, directeurs généraux d’hôpitaux, le demandent. » En proximité, tous réclament « des internes pour travailler sur les déserts médicaux. » La logique voudrait qu’en implantant des étudiants en médecine dans des secteurs déficitaires, ils puissent être incités à s’y installer durablement. C’est aussi une autre manière de venir renforcer des équipes médicales parfois anémiées et de préparer la relève des médecins libéraux sur le départ. Mais pour que cela fonctionne, il faut optimiser les conditions d’accueil.
Décentralisation
« Si l’on ne prépare pas un terrain à même de former les étudiants, de les attirer, de faire en sorte que ce terreau soit propice à leur intégration sur le territoire, on risque d’avoir des étudiants et des internes qui ne veulent plus revenir dans des établissements parce que leur stage s’est mal passé. Ils ne veulent alors plus s’inscrire dans un territoire et cela peut desservir à long terme », a déroulé Stéphane Zuily. Pour contrer ce risque, « notre travail est d’aller vers les territoires. » L’université de Lorraine s’est ainsi déplacée à Sarreguemines. « Nous travaillons aussi avec le CHRU de Metz pour créer des universitaires, a poursuivi le doyen. Nous avons eu des rencontres avec le centre hospitalier d’Épinal et, demain, dans le cadre de cette « fédération », nous serons en mesure d’avoir tous les établissements supports des groupements hospitaliers du territoire. » Cet élan collectif permettra « d’être certains que les praticiens, les responsables de terrain de stage, puissent tous être formés avec les ambitions et les standards universitaires pour accueillir avec qualité des étudiants sur l’ensemble de la région. »
Un cercle vertueux
Objectif, donc, créer un « cercle vertueux » qui susciterait l’envie chez les jeunes médecins de sortir des métropoles. « Sans ce cercle vertueux, a insisté Stéphane Zuily, on risque d‘être en difficulté pour les fidéliser à long terme dans les territoires. » Cette année va être mise à profit pour déployer le dispositif, dont l’autre intérêt est une meilleure ventilation des étudiants dont le nombre ne cesse de croître depuis 1995. La faculté de médecine compte, actuellement, des promotions de 400 étudiants. « Entre 1995 à 2025, on a augmenté de 400 % à peu près le nombre d’étudiants », a indiqué Stéphane Zuily : « Il va donc nous falloir être en mesure de répartir et de territorialiser l’enseignement. C’est de cette même manière-là, parallèlement à l’universitarisation du CHR Metz-Thionville, que nous parviendrons à résoudre des problématiques d’accès aux soins. »
La première marche sera de former des médecins à l’encadrement d’étudiants : « Il nous faudra former le personnel aux standards attendus pour faire en sorte que les terrains de stage soient attractifs et que les étudiants puissent s’y projeter. » Pour les recevoir, un établissement de santé ou un cabinet médical doit disposer d’un agrément délivré par la faculté de médecine. « L’autorisation de l’agrément est coordonnée pour un coordonnateur de la spécialité. C’est un hospitalo-universitaire de la faculté qui travaille au CHRU de Nancy. Parmi les professeurs, certains ont la mission de coordonner les études des étudiants. On n’envoie pas un fantassin dans un établissement juste pour remédier à un désert médical. Il faut qu’il y ait un projet pédagogique, des conditions d’accueil, un enseignement défini… », détaille Stéphane Zuily. Aux coordonnateurs de s’assurer du respect du référentiel universitaire. Stéphane Zuily souhaite un démarrage des opérations au premier trimestre de cette nouvelle année.