Par
Zoe Hondt
Publié le
13 janv. 2026 à 18h36
C’est un homme d’une cinquantaine d’années qui entre dans le box des prévenus, ce lundi 5 janvier 2026. Jugé au tribunal de Lille (Nord), il est mis en cause pour violences conjugales aggravées, menace de mort et détention non autorisée d’arme. Les faits se sont déroulés le 1er janvier, à Ronchin (Nord) : au terme d’un réveillon alcoolisé, l’homme ivre perd son sang-froid et s’en prend vivement à sa femme. Coups, insultes… il va jusqu’à la braquer avec un fusil de chasse. Plusieurs équipages de la BAC et du RAID ont été nécessaires pour interpeller le forcené armé. Récit.
Des faits d’une violence inouïe, sur fond d’alcool
Le 31 décembre 2025, un couple marié depuis 17 ans et leur fille de 16 ans, se rendent à Pont-à-Vendin (Pas-de-Calais) pour fêter le réveillon en famille. Malheureusement, l’ambiance est tendue. L’homme de 52 ans fait beaucoup de reproches à sa fille. Au cours de la soirée alcoolisée, l’adolescente est humiliée, insultée par son père. À 3 h 15 du matin, il est mis dehors par ses proches exaspérés. À l’extérieur, l’homme ivre perd son sang-froid : il se « cogne la tête contre le mur ». Sa femme le ramène au domicile, à Ronchin. Habituée, elle le filme dans le but de « lui montrer [son comportement] le lendemain ». L’homme enrage : il lui « tord les doigts » pour qu’elle lâche son téléphone, qu’il va ensuite casser en le « claquant au sol à trois reprises ».
En grande détresse, la victime tente de sortir de la maison, en vain. S’ensuit un déferlement de violences : il lui tire les cheveux, « secoue sa tête », lui fait une « clé de bras », puis lui décoche un coup de poing « sur la pommette ». Le forcené ne s’arrête pas là, et empoigne son fusil de chasse. Il braque sa femme, la menace de mort et lui donne des coups avec l’arme. L’homme se dirige ensuite vers le garage, où il peut trouver des cartouches. Dans un dernier élan, la victime sort de la maison, monte dans la voiture et roule en direction du commissariat.
« Quand je bois, je disjoncte »
Au petit matin, pas moins de « cinq ou six équipages de la BAC et du RAID » ont été nécessaires pour déloger le forcené armé. Dans la maison, un pistolet et le fusil sont retrouvés. La victime a expliqué aux policiers que « c’est comme ça depuis le début du mariage » : claques, insultes… seulement « quand il boit un coup ». Elle est formelle : « C’est un amour quand il ne boit rien. » Au tribunal, le prévenu déclare consommer du whisky tous les jours.
« Je regrette tout ce que j’ai fait, je suis coupable. Quand je bois, je disjoncte », affirme le prévenu de 52 ans, en sanglots. Il dit faire confiance aux déclarations de ses proches, car il ne se souvient de rien. Le président du tribunal ne se laisse pas amadouer : « C’est facile de dire ça, mais vous vous en foutez complètement ! Vous pouvez vivre seul sans taper sur votre femme ! » Le prévenu paraît désemparé. Il « veut se faire soigner ». Au détour d’un regard échangé avec la victime, le prévenu souffle un « je t’aime » inaudible. Sa femme détourne le regard.
« Un côté Dr. Jekyll et Mr. Hyde »
La victime préfère laisser la parole à son avocate. « Elle l’aime encore mais elle n’a pas d’autres options que de divorcer. Elle ne veut pas être un nom et un prénom de plus sur un mur », confesse cette dernière. La femme du prévenu « veut se protéger, car elle se sait fragile ». Elle sollicite une mesure d’éloignement, bien qu’elle ne souhaite pas voir son mari partir en prison. « Elle veut qu’il regarde sa violence en face et qu’il se soigne », explique l’avocate. Elle demande 6 000 euros de dommages et intérêts à titre provisoire et le retrait de l’autorité parentale du prévenu sur sa fille de 16 ans.
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« C’est un individu alcoolique et violent. Il ne doit pas se retrancher derrière l’alcool, ce n’est pas le cœur du problème. » Au regard des faits « extrêmement graves, choquants et traumatisants », la procureure requiert 18 mois d’emprisonnement dont douze assortis du sursis probatoire. La partie ferme pourrait s’effectuer sous bracelet électronique chez la sœur du prévenu. Elle souhaite également une interdiction de contact entre les deux.
« Je souscris à tout ce qui vient d’être dit, il a vraiment tout gâché. » L’avocat de la défense ne ménage pas son client : « Il a sans aucun doute été un mauvais père et un mauvais mari, mais il les aime encore beaucoup. » Il le défend comme il peut. Selon lui, il a « un côté Dr. Jekyll et Mr. Hyde » : il est inséré et a toujours travaillé, mais il est violent. « Un peu physiquement, beaucoup verbalement. » Comme l’arme n’était pas chargée sur la victime et que le casier judiciaire du prévenu est vierge, l’avocat espère une peine totalement assortie du sursis probatoire. En vain, puisque le tribunal déclare le prévenu coupable et le condamne à 18 mois d’emprisonnement dont douze assortis du sursis probatoire.
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