Une gueule, une gouaille aussi, qui ont fait d’Alain Orsoni une figure autant appréciée que décriée. Tué le lundi 12 janvier 2026 à Vero lors des obsèques de sa mère, cet homme de 71 ans était, à l’en croire, en sursis depuis plus de trente ans.
Une mort violente redoutée par l’intéressé dès 1996.
La Corse est alors en pleine guerre fratricide entre nationalistes, lorsqu’Alain Orsoni déclare : « Je suis en danger de mort. » Il quitte l’île à cette époque pour la regagner en 2008, lorsqu’il reprend la présidence du club de foot l’AC Ajaccio. En quelques années, à cette période, plusieurs de ses proches sont assassinés. Des drames qui conduisent l’ancien leader nationaliste tout droit sur le plateau du Grand Journal de Canal +, le 16 novembre 2012, au lendemain des assassinats d’Antoine Sollacaro et de Jacques Nacer, commis en octobre et novembre de la même année : Alain Orsoni dénonce l' »incroyable campagne » des médias attachés à « lui mettre une cible dans le dos ». Il pointe l’emploi du terme « proche », de lui donc, au moment d’évoquer ces deux victimes. Mais cette proximité a toutefois été actée dans de nombreux écrits judiciaires.
Cité dans un rapport de la Jirs de Marseille en 2019
Un rapport de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, rendu en 2019 et qui balaie une période de dix ans, soit depuis 2009, consacre un passage au dit « clan Orsoni ». En toile de fond, le contrôle de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Corse-du-Sud, selon les magistrats marseillais qui écrivent : « La Jirs de Marseille pouvait se faire la conviction que la bande du Petit Bar déclarait la guerre à Alain Orsoni dès son retour en terre corse, dans une double volonté d’élimination du clan Orsoni et de reprise en main de la CCI de Corse-du-Sud ». Plusieurs membres de cette bande du Petit Bar ont d’ailleurs été condamnés en 2011 pour un projet criminel, avorté, contre Alain Orsoni en 2008.
Finalement, la Jirs de Marseille s’attarde plus avant sur le début des années 2010 et voit, dixit le rapport, « émerger la succession d’Alain Orsoni, en la personne de son fils, Guy ». En 2012, père et fils avaient entamé une grève de la faim pour dénoncer les méthodes de la Jirs, le second étant alors incarcéré pour plusieurs faits criminels.
Selon la Jirs, toujours, Guy Orsoni « allait poursuivre l’offensive contre l’équipe du Petit Bar ». Mais ce dernier ainsi que onze autres accusés seront acquittés à l’été 2015 au terme d’un procès-fleuve au cours duquel deux homicides (ceux de Thierry Castola et de Sabri Brahimi) et une tentative d’assassinat (sur Francis Castola junior), des crimes perpétrés en 2009 en Corse, ont été jugés durant deux mois à Aix-en-Provence. Les trois victimes sont considérées comme étant liées au Petit Bar.
Lors de ce procès, Alain Orsoni a, lui, été condamné à un an de prison pour menaces de mort contre la famille Castola, dont il fut proche, sur fond de différends financiers. À cette audience, Alain Orsoni avait juré : « Je dis, moi, que le clan Orsoni n’existe pas ».
Un fils qui continue d’alimenter la chronique judiciaire
Passé ce procès retentissant, Alain Orsoni n’a plus fait parler de lui qu’à travers le club de football l’AC Ajaccio. Mais son fils a continué d’alimenter la chronique judiciaire. En septembre 2018, il est victime d’une tentative d’homicide à Ajaccio. Plusieurs membres du Petit Bar sont mis en examen dans ce dossier, toujours à l’instruction à la Jirs de Marseille.
Par ailleurs, en mai dernier, Guy Orsoni a été condamné à 13 ans de prison pour une association de malfaiteurs en vue de commettre un crime, en octobre 2018. La victime présumée était Pascal Porri, membre du Petit Bar, selon la Jirs. Lors de ce procès, le fils d’Alain Orsoni avait d’ailleurs déclaré au sujet de son père : « Il a fait l’immense bêtise de rentrer en Corse, pour s’occuper du club de football l’ACA et il a été une cible. »
Enfin, Guy Orsoni est renvoyé devant une cour d’assises – l’affaire, à ce jour, n’a pas encore été audiencée – pour l’assassinat de Jean Livrelli, un retraité tué par erreur le 23 août 2018 sur la route du Val d’Ese, à Bastelica. Selon le juge d’instruction marseillais, le commando avait pour cible, ce matin-là, plus certainement Alain Lucchini, ancien proche d’Alain Orsoni.
Mais dans ces affaires, Alain Orsoni n’apparaît jamais, pas même dans le dernier document du service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco), rédigé en janvier 2025 par les analystes de la police judiciaire.
Celui qui a craint pour sa vie durant des années a sans doute été tué au moment où il se sentait le moins menacé.