La saison 2026 s’apprête à démarrer sans vous. Arrivez-vous à vous projeter ?

C’est compliqué. Mais dans ma tête, les objectifs restent les mêmes. Je veux gagner une étape sur le Tour de France et me rapprocher du top 10 du général, comme l’année dernière. J’y crois. Je ne suis pas dans ma meilleure condition mais je sais que ça reviendra un jour.

Vous avez connu un hiver compliqué. Que s’est-il passé ?

Après notre premier stage de décembre, je sentais que ça n’allait pas sur le vélo. Mais je continuais de rouler en essayant à chaque fois de nouveaux réglages. C’est ce qui a provoqué la première douleur au genou. Puis j’ai eu la grippe et d’autres soucis de santé et tout s’est démultiplié. Au final, je n’ai pas pu rouler pendant près de trois semaines.

Comment l’avez-vous vécu ?

C’est la première fois depuis que je suis professionnel que je suis embêté comme ça. Je me dis que ça doit arriver dans une carrière. Je n’ai pas eu de soucis en 2025 et là, j’ai eu tout d’un coup. Au début, c’était difficile de voir les jours passer sans pouvoir rouler. De se dire que ça fait huit jours, dix jours sans vélo… Mais il n’y avait pas vraiment de stress car je pensais d’abord à bien récupérer. C’est en remontant sur le vélo et en voyant que ça n’allait toujours pas que j’ai vraiment commencé à cogiter. Là, c’était dur.

Qu’est-ce qui vous faisait autant « cogiter » ?

D’être dans l’inconnu, de ne pas savoir ce qui cloche et surtout comment on trouve la solution pour régler tout ça. Une fois qu’on l’a, c’est plus facile. Il n’y a qu’à suivre le plan. Mais je voyais les jours passer et je commençais même à me demander si ça allait m’impacter pour le Tour de France cet été… Et vu que je n’ai jamais été blessé, je n’avais pas de point comparaison.

Êtes-vous du genre à intérioriser ou plutôt à vous ouvrir sur vos problèmes ?

J’en discute avec des proches, forcément, mais dans l’ensemble, j’ai tendance à tout garder pour moi. J’ai l’impression que ça me rajoute encore des problèmes, car tout le monde m’en parle ensuite. C’est un cercle vicieux.

Arrivez-vous malgré tout à trouver du positif dans une telle situation ?

J’ai essayé de me rassurer en pensant à Louis Barré (un de ses meilleurs amis). Il s’est fracturé la rotule en 2020, il n’a pas couru pendant un an mais il est revenu très vite à son niveau. J’ai eu un hiver compliqué, mais peut-être que c’est un mal pour un bien. Je sors de deux saisons à 80 jours de course où j’ai tiré un peu sur la corde et c’est peut-être pour ça qu’elle a pétée. Peut-être que cette blessure va me permettre de souffler et qu’elle va m’apporter de la fraîcheur pour le Tour. C’est ce que j’essaye de me dire, en tout cas…

Malgré vos soucis, vous êtes bien présent en stage à Calpe (Espagne) avec votre équipe. Avez-vous hésité à venir ?

Non, c’est une bonne chose d’être là. Mais c’est sûr qu’en arrivant, je ne savais pas vraiment pourquoi j’étais là. J’avais des tests nutrition et aérodynamiques prévus, tout est parti à la poubelle. Et quand il y a 40 heures de vélo au programme mais que tu ne roules pas et que tu restes à l’hôtel…

Justement, que faites-vous pendant que vos coéquipiers vont rouler ?

J’essaye de m’investir sur ce que je peux encore faire. Physiquement, je suis nul, mais je fais le job comme si je reprenais les courses dans une semaine. Je fais beaucoup de renforcement musculaire. C’est peut-être bizarre à dire, mais j’essaye presque d’éviter les autres coureurs. De les voir bosser alors que je suis à côté, c’est dur mentalement.

Vous diriez que vous êtes sur le bon chemin ?

Oui, ça va mieux ! J’ai un très bon suivi de l’équipe et j’y vais vraiment crescendo. Je fais 1 h, 1 h 30 de vélo. Je vais commencer à augmenter les sorties et on verra. Si ça passe, tant mieux, il n’y aura plus qu’à dérouler car je sais comment revenir.

Vous roulez en compagnie de Thibault Guernalec, lui aussi de retour de blessure. C’est un atout ?

Sa présence m’aide beaucoup. Quand tu pédales seul avec la peur, c’est compliqué. Là, on est tous les deux entre « nuls » (rires). Je connais très bien son frère (Victor) mais lui, je ne l’ai pas souvent croisé. J’apprends à la connaître et c’est vraiment une bonne personne.

Parvenez-vous à envisager une reprise à la compétition ?

Je ne reprendrai pas à Oman, ça c’est sûr. Mais de là à dire si je vais pouvoir reprendre en Andalousie ou à Paris-Nice… J’y penserai quand j’aurai enfin de bonnes bases. Ces dernières années, j’ai souvent eu le même programme, la même montée en puissance jusqu’au Tour. Cette fois, je ne sais pas comment ça va se passer. Je suis sur la pointe des pieds, je prends au jour le jour.