Cet hiver, la grippe ne laisse aucun répit. En France, l’ensemble de l’Hexagone est passé en phase épidémique, avec des hôpitaux sous pression et une forte hausse des consultations pour syndromes grippaux. Alors que la peur de la contagion est partout, une étude menée par des chercheurs de l’Université du Maryland et publiée dans la revue scientifique Plos Pathogens vient bousculer certaines idées reçues sur la transmission de la grippe. Menée dans des conditions très proches de la vie réelle, cette expérience aux résultats inattendus interroge sur ce qui favorise ou freine réellement la propagation du virus, notamment dans les lieux clos.

Pour comprendre comment la grippe se transmet réellement par voie aérienne, les chercheurs américains ont choisi une approche originale : observer ce qui se passe dans des conditions proches de la vraie vie, et non en laboratoire. 

Des étudiants déjà grippés ont ainsi partagé pendant plusieurs jours un étage isolé d’un hôtel de Baltimore, avec des volontaires en bonne santé, multipliant les interactions du quotidien : discussions, séances de yoga ou de danse, partages d’objets tels qu’une tablette ou un microphone.

Les scientifiques ont surveillé de près l’état de santé des participants, en analysant chaque jour leurs symptômes et différents échantillons biologiques. Ils ont également mesuré la quantité de virus présente dans l’air respiré par les volontaires, ainsi que dans l’atmosphère de la pièce, afin d’évaluer précisément le niveau d’exposition au virus.

Contre toute attente, aucune contamination n’a été observée. Malgré la proximité, malgré le temps passé ensemble, le virus ne s’est pas propagé. Cette absence totale de transmission a poussé les chercheurs à s’intéresser de près à ce qui, concrètement, fait ou non circuler le virus dans l’air.


La toux est souvent perçue comme l’un des principaux vecteurs de transmission de la grippe en intérieur. L’étude menée par l’Université du Maryland montre pourtant que, même en présence de personnes infectées, son rôle dépend fortement du contexte et des conditions de l’environnement. © nenetus, Adobe Stock

Toux et ventilation : les deux facteurs qui font toute la différence

Les analyses ont mis en évidence plusieurs facteurs clés : 

  • la toux faible chez les participants infectés : même si ces derniers avaient des niveaux élevés de virus dans les narines, ils ne toussaient presque pas, et donc peu de particules virales ont été expulsées dans l’air ; 
  • la qualité de l’air : l’espace de l’étude était constamment ventilé et l’air rapidement renouvelé, ce qui a fortement dilué les faibles quantités de virus présentes.

« Nos données suggèrent des éléments clés qui augmentent la probabilité de transmission de la grippe ; la toux en est un majeur », a déclaré Jianyu Lai, chercheur postdoctoral au sein du laboratoire de Milton. 

« Être très proche d’autres personnes, face à face, à l’intérieur, dans des lieux où l’air circule peu, semble être la situation la plus risquée », explique Donald Milton, professeur au Département de santé mondiale, environnementale et professionnelle de l’Université de Santé publique de Seattle (SPH) et expert mondial en aérobiologie des maladies infectieuses. 

Ce n’est donc pas seulement le fait d’être dans la même pièce qu’une personne malade qui compte, mais la combinaison de plusieurs facteurs : distance, durée, toux et circulation de l’air.

Maintenant : comment mieux se protéger du virus de la grippe ? 

Ces résultats ne signifient pas que la grippe ne se transmet plus, ni que les gestes de prévention sont inutiles. Ils montrent en revanche que certaines mesures sont plus efficaces qu’on ne le pense : 

Ces gestes simples peuvent faire une réelle différence. Le port du masque, notamment de type FFP2 ou N95, reste quant à lui particulièrement pertinent en cas de contact rapproché avec une personne qui tousse.

À l’heure où la grippe continue de saturer les systèmes de soins, cette étude apporte un message rassurant : le virus ne se propage pas de façon automatique dès qu’une personne est malade : les conditions de l’environnement jouent un rôle central. Comprendre comment la grippe se transmet réellement permet d’éviter la peur permanente et de se protéger plus intelligemment, tout simplement.