Alors que Donald Trump tourne le dos aux
voitures électriques, Tesla prépare en Allemagne une production
locale de batteries pour le marché européen. Une stratégie à près
d’un milliard d’euros qui pourrait rebattre les cartes des prix,
sans garantie pour les acheteurs d’ici 2027.
Pendant que Donald Trump durcit le ton contre
les voitures électriques aux États-Unis, Tesla prépare
en silence un gros virage industriel en Europe. À
partir de 2027, le constructeur veut fabriquer ses propres cellules
de batteries en
Allemagne, près de Berlin, plutôt que de les importer d’Amérique du
Nord.
Sur le papier, ce changement tombe au bon moment pour les
automobilistes européens, alors que Tesla enchaîne les reculs de
ventes sur le Vieux Continent et que les budgets auto sont sous
pression. Reste la vraie question, celle qui intéresse le
conducteur français : cette production locale peut-elle vraiment
déboucher sur une baisse des prix des Tesla d’ici
2027, ou s’agit-il surtout d’un mouvement stratégique pour
sécuriser l’avenir de la marque en Europe ?
Ce que prépare Tesla à Grünheide face au virage anti-électrique
de Trump
Contrairement aux États-Unis, où le retour de Donald Trump
s’accompagne d’une ligne plus hostile aux politiques pro-voitures
électriques, l’Union européenne continue d’appuyer sur
l’accélérateur zéro émission. Bruxelles veut aussi sécuriser sa
chaîne de valeur et réduire la dépendance à la Chine. Cet été, les
institutions européennes ont ainsi débloqué 852 millions d’euros
pour six projets industriels dédiés aux cellules de batteries pour
véhicules électriques, un coup de pouce qui montre bien l’ampleur
de l’enjeu.
C’est dans ce contexte que l’usine de
Grünheide, près de Berlin, prend une nouvelle
dimension. Aujourd’hui, ce site assemble uniquement le Tesla Model
Y avec des cellules de batteries importées. Selon l’agence
allemande DPA, citée par Bloomberg,
Tesla prévoit d’y produire directement des
cellules à partir de 2027, pour une capacité pouvant atteindre
8 GWh par an, de quoi équiper environ 130 000
véhicules. Le constructeur veut tout regrouper sur place : « Des
cellules de batterie jusqu »au véhicule complet, tout devrait être
produit sur un seul site de production », a expliqué Tesla à
Grünheide. « C’est unique en Europe et cela augmente aussi la
résilience de nos chaînes d’approvisionnement », a ajouté
l’entreprise.
Pour y parvenir, le groupe va remettre la main au portefeuille.
« Au total, nous allons investir presque 1 milliard d’euros (1,17
milliard de dollars) dans l’usine de cellules », a indiqué Tesla à
l’agence DPA. Dans un second
temps, le constructeur a précisé son effort : « À cette fin,
nous investissons un nouveau montant à trois chiffres en millions
d’euros dans la production de cellules », en ajoutant que cela
porterait le total des investissements dans l’usine de cellules
locale à près de 1 milliard d’euros (1,2 milliard de dollars).
L’objectif est clair : « L’objectif est d’augmenter la
profondeur verticale de fabrication sur le site : tout, des
cellules de batterie aux véhicules, sera produit en un seul
endroit. C’est unique en Europe et cela renforce aussi la
résilience de nos chaînes d’approvisionnement », a déclaré
Tesla.
Le constructeur évoque même un horizon plus ambitieux. Tesla
estime que, si les conditions sont réunies, « l’intégralité de
la chaîne de valeur des batteries pourrait être concentrée à
Grünheide ». L’idée serait donc de tout faire sur place, de la
cellule au véhicule fini, ce qui limiterait fortement les
transports de composants lourds et coûteux à travers
l’Atlantique.
Ces batteries européennes feront-elles vraiment baisser les
prix Tesla d’ici 2027 ?
Sur le papier, produire les batteries en Allemagne plutôt qu’aux
États-Unis peut réduire les coûts logistiques et l’exposition au
taux de change. Mais Tesla lui-même reconnaît que
l’équation reste délicate. Le constructeur admet que, « dans
l’état actuel des choses, produire des cellules à bas coût en
Europe reste extrêmement complexe ». Dans une autre
déclaration, il ajoute : « Si les conditions sont réunies,
l’intégralité de la chaîne de valeur des batteries se fera aussi à
Gruenheide à l’avenir. Dans la concurrence internationale avec la
Chine et les États-Unis, il est actuellement très difficile de
produire des cellules de manière rentable en Europe. »
Autrement dit, l’usine allemande peut aider à sécuriser
l’approvisionnement, sans garantir automatiquement une grosse
baisse des prix sur le ticket final.
Reste que la pression commerciale s’intensifie. En Europe, la
part de marché de Tesla est tombée à 1,6 % en
2025, contre 2,4 % en 2024. En novembre, les livraisons ont reculé
de 58 % en France, 59 % en Suède, 49 % au Danemark et 44 % aux
Pays-Bas. Dans ce contexte, chaque euro économisé sur la batterie,
le transport ou la production peut servir soit à défendre la marge,
soit à ajuster les tarifs pour relancer les volumes. Et là, le
choix final appartiendra à Tesla : utiliser cette future production
de cellules à Grünheide comme bouclier face à la
Chine et aux États-Unis, ou comme levier pour rendre ses modèles
plus accessibles aux automobilistes européens à partir de 2027.