Longtemps Agnès Thurnauer fut invisibilisée par l’une de ses inventions qui révélait, ironie du sort, l’absence des artistes femmes sur les cimaises des musées. Des «portraits grandeur nature», pin’s géants à l’effigie de toutes les Eugénie Delacroix, Marcelle Duchamp et autres Annie Warhol passées sous les radars de l’histoire de l’art. C’était il y a vingt ans, et celle qui venait d’émerger, à 40 ans passés, quand ses ex-camarades des Arts-Déco hantaient déjà les expos d’art contemporain, s’était fait voler la vedette par ces boucliers féministes. Clignotant au fronton de l’expo «Elles@centrepompidou» en 2008, ils feraient bientôt écran au reste de son œuvre. Eclipse.

Et sans que l’on sache si c’est nous qui nous sommes peu à peu dessillés ou sa méthode, patiente et foutraque, qui a porté ses fruits, c’est seulement maintenant que nous apparaît tout le jeu de cartes d’Agnès Thurnauer. Louant la «faculté d’émerveillement intacte» de la plasticienne, grande lectrice et fine connaisseuse de l’histoire de l’art, l’universitaire et essayiste Tiphaine Samoyault parle de leurs œuvres tissées comme d’une forme