Par
Brian Le Goff
Publié le
13 janv. 2026 à 17h33
Après une visite au service des urgences, lundi 12 janvier, le syndicat CGT CHU de Rennes alerte sur la gravité de la situation. « Les agents nous ont accueillis avec ‘Bonjour en enfer’ et ‘Ici, on maltraite les patients’», explique un représentant syndical dans un courrier adressé. Le syndicat attribue deux décès ces dernières heures au manque de surveillance. Selon nos informations, l’un des décès « était attendu ». Ces deux morts font l’objet d’une analyse approfondie, indique la direction du CHU.
283 passages pour une capacité entre 150 et 220 passages maximum
Sur la journée du lundi 12 janvier, 283 passages ont été enregistrés quand le service a une capacité de 150 passages par jour, selon la CGT, de 220 passages, selon une autre source interne au service. « Il y a des brancards partout dans les couloirs », poursuit le syndicaliste.
La CGT a observé que la pharmacie était en inventaire lundi. Par conséquent, les services avaient de grosses difficultés pour recevoir les prescriptions demandées en urgence. « L’administration des premiers médicaments du jour a eu lieu à 10h, au lieu de 7h normalement. »
Un scanner prescrit à 23h dimanche a été réalisé le lendemain matin, faute de médecin.
Les plateaux-repas n’étaient pas en nombre suffisant pour tous les patients. « Ne pourrait-il pas être revu quotidiennement et automatiquement en fonction de l’afflux des patients ? », s’interroge le syndicat.
Un service de neuf lits à peine ouvert… déjà plein
Un service de neuf lits a été ouvert en urgence, mais est déjà plein. « Tous les services contribuent à l’effort », ajoute notre source interne.
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Enfin, la CGT liste d’autres difficultés rencontrées dans les différents services en lien avec les urgences : « Certains brancards obsolètes ont plus de 10 ans d’ancienneté, ils sont craquelés et inadaptés. Il y a un manque de pieds à perfusion, y compris au sein de l’unité d’hospitalisation de très courte durée, où certains patients des urgences terminent leur hospitalisation. »
Il y a une apparition d’escarres pour des patients trop longtemps sur des brancards. Les locaux sont inadaptés. L’équipe demande la visite de la DRH aux urgences et un renforcement des passages pour le nettoyage des WC [réservés aux] patients, au nombre de trois pour 200 patients par jour.
Syndicat CGT CHU Rennes
Comment l’expliquer ?
Cette situation s’explique, notamment, par la grève des médecins généralistes, entraînant une surcharge de travail avec un nombre conséquent de patients qui se reportent ainsi sur les urgences. « La grève engendre + 30 % de passage. »
Mais ce n’est pas la seule raison. L’épidémie de grippe a aussi un effet. Le CHU a par ailleurs déclenché son plan blanc lié au phénomène.
Enfin, les hôpitaux privés rennais refusent des patients, qui sont donc renvoyés vers les urgences du CHU, détaille le syndicat CGT CHU Rennes.
Ce mardi 13 janvier, la situation était très légèrement moins tendue que la veille avec moins de passages, mais les services étant déjà tous saturés, la pression reste trop importante. « Lundi 12 janvier, on avait cinq patients d’environ 80 ans présents depuis plus de 24h. Un patient de 72 ans présent depuis plus de deux jours. Ils sont toujours là ce mardi », indique ce représentant syndical de la CGT CHU Rennes.
Un poste médical avancé en discussion
Devant l’ampleur des patients pris en charge, l’installation d’un poste médical avancé est en réflexion avec l’ARS, indique une source interne au service des urgences du CHU. « Si la situation de tension se renouvelle, ce poste médical avancé serait avant tout un filtre pour trier les urgences des patients et limiter l’accès au service des urgences du CHU », ajoute cette source à notre rédaction.
Les professionnels de santé du CHU condamnent les comportements des autres établissements de santé de Rennes qui refusent d’accueillir des patients en urgence.
Contactée, la direction de l’hôpital confirme « des tensions très importantes ».
Le service des urgences adultes doit en effet répondre à un afflux exceptionnel de patients pour compenser la forte réduction des prises en charge dans les établissements privés de santé engagés dans la grève, avec dans les dernières 24h, 250 passages soit + 30% d’activité et un ensemble de 2 232 appels au SAMU – SAS contre une moyenne de 1 800 habituellement.
Direction du CHU de Rennes
Pour faire face, la direction rappelle que l’établissement a mis en place des mesures exceptionnelles : rappels de personnel, ouverture de lits supplémentaires de médecine « pour répondre aux besoins d’hospitalisation des patients présents aux urgences ».
Interrogé sur les deux décès, le CHU indique par ailleurs qu’ils font partie de la « réalité hospitalière », accueillant des patients dans des situations critiques, ou en fin de vie.
Enfin, l’hôpital assure demeurer « pleinement mobilisé pour garantir la continuité et la qualité des soins à la population, dans un contexte exceptionnel et subi ».
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