Publié : 7h15 par Dolorès CHARLES

Manifestation de soutien au peuple iranien au Canada

Manifestation de soutien au peuple iranien au Canada

Crédit : AFP Mert Alper Dervis

La colère monte en Iran, et des manifestations de soutien au peuple iranien ont lieu cette semaine, dans l’Ouest. Sur place la répression est sans précédent, l’ONG Iran Human Rights parle de 734 morts. C’est le mouvement de contestation le plus important depuis la proclamation de la République islamique en 1979. Entretien avec le nantais Samuel Hauraix.

A l’origine du mouvement de contestation, des commerçants qui voulaient dénoncer la cherté de la vie, mais la colère s’est étendue à tout le pays, et aujourd’hui les Iraniens visent l’ayatollah Ali Khamenei.

Depuis Nantes, le journaliste spécialiste de l’Iran, Samuel Hauraix, se dit sidéré par le niveau de répression atteint. Les chiffres avancés (ndlr : 734 morts) sont « sont sans doute très largement sous-estimés par rapport à la réalité des choses. Clairement, ce sont des niveaux de répression jamais atteints, des images qui sont terribles à voir sur les réseaux, malgré le fait qu’à l’heure où je vous parle, le pays est dans un blackout total. Après plus de 100 heures de coupure d’Internet décidée par le pouvoir, ça se traduit par le fait qu’on ne peut plus avoir d’échange avec nos contacts depuis jeudi. »

 

Une colère contre le régime

 

Ce nouveau vent de colère était « tout à fait prévisible », pour le nantais car « les indicateurs économiques depuis des mois étaient catastrophiques que ce soit au niveau de l’inflation : ne serait-ce que pour le riz, un des éléments de base dans la nourriture persane, qui a augmenté de 30% en un mois, en décembre. Les familles se retrouvent en difficulté, donc il y avait une colère et on a vite compris que ce mouvement prenait de l’ampleur. Aujourd’hui c’est une colère qui est dirigée contre le régime. »

Samuel Hauraix, spécialiste de l’IranSamuel Hauraix, spécialiste de l’Iran

Crédit : Dolorès CHARLES

L’ONG Iran Human Rights parle de plus de 700 morts ce mercredi, mais le journaliste nantais Samuel Hauraix, craint qu’il n’y en ait beaucoup plus car sur place Internet a été coupé.

« Certaines de mes sources sont plus ou moins impliquées dans les manifestations. D’autres vont préférer rester en retrait et observer les choses à distance. Quoi qu’il en soit, on a vu que la mobilisation a été très forte, notamment jeudi soir dernier, mais c’est très compliqué de quantifier tout ça, parce qu’on se contente de bribes d’informations, de bribes d’images.

C’est très compliqué de sourcer, parce qu’il y a très peu de journalistes sur place qui peuvent faire leur travail librement. Clairement, c’est l’inquiétude qui ressort pour tout le monde et je pense à la diaspora iranienne. La préoccupation première, c’est de prendre des nouvelles des proches, et quand on voit les niveaux de répression, c’est la sidération qui domine. »

Samuel Hauraix, spécialiste de l’IranSamuel Hauraix, spécialiste de l’Iran

Une telle répression avec de l’armement lourd, Samuel Hauraix n’avait jamais vu ça dans l’histoire de la république islamique. Et pour lui les Iraniens sont en attente d’un soutien extérieur. « Combien de fois j’ai entendu des manifestants, certaines de mes sources, me dire « Samuel, on va dans la rue, on manifeste, mais au final, qu’est-ce qu’on peut faire ? » On est désarmés.

 

« Plus personne ne peut rester silencieux face à la situation dans le pays »

 

Rien que le fait d’en parler dans les médias aujourd’hui, et de mettre l’attention sur ce qui se passe en Iran, du courage de cette population qui descend dans les rues et de la réponse qui est faite, c’est déjà quelque chose de fort. Et peut-être ne pas se dire qu’on est face à un nouveau mouvement de contestation qui va s’éteindre dans plusieurs jours, mais se dire qu’après tant de mouvements et tant de colère accumulée contre ce régime que c’est peut-être le moment d’aller plus loin… Plus personne ne peut rester silencieux face à la situation dans le pays. »

Samuel Hauraix, spécialiste de l’IranSamuel Hauraix, spécialiste de l’Iran

Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que « l’aide » arrivait. Le président américain a menacé plusieurs fois d’intervenir militairement depuis le début le 28 décembre.

 Une manifestation aura lieu ce samedi après midi à Nantes place Royale (16h), même chose place de la Liberté à Brest (18h30).

 

Cécile Kohler et le nantais Jacques Paris vont bien…

 

En attente d’une potentielle libération, Cécile Kholer et Jacques Paris restent assignés à résidence à l’ambassade de France à Téhéran. Le couple avait été arrêté et incarcéré en Iran en mai 2022 avant d’être condamné. Les français ont été libérés début novembre, avec interdiction de quitter le pays.

Ils pourraient être échangés avec Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France en février 2025 et dont le procès s’est ouvert hier à Paris. Mahdieh Esfandiari comparaît pour apologie d’un acte de terrorisme commis en ligne, provocation directe, injure publique, etc. Des accusations qu’elle conteste.