Claudette Colvin est décédée à 86 ans, a annoncé mardi sa fondation. Elle était devenue en 1955 une figure afro-américaine des droits civiques pour avoir refusé à 15 ans de céder son siège dans un bus de l’Alabama ségrégationniste à une femme blanche.
Saluant « une pionnière des droits civiques », la fondation Claudette Colvin a annoncé mardi son décès à 86 ans.
Neuf mois avant le geste devenu historique de Rosa Parks, l’audace de cette adolescente noire de Montgomery avait déjà ouvert la voie au mouvement de résistance passive qui a marqué l’histoire. Le 1er décembre 1955, en refusant de céder son siège à un passager blanc, Rosa Parks déclenche le premier grand mouvement de résistance passive contre la ségrégation
Le jour où elle refuse d’obéir
Responsable locale de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), une importante organisation de défense des droits civiques, Rosa Parks prendra la tête avec Martin Luther King du boycott des bus de Montgomery. Les bus municipaux resteront au garage pendant 381 jours.
Avant elle, toutefois, dans la même ville et sur la même ligne de bus, une collégienne de 15 ans, proche de la NAACP, brave les lois racistes. D’autres passagers l’avaient déjà fait, mais elle est la première à plaider non coupable devant la justice.
Ce 2 mars 1955, a-t-elle raconté en 2023, « lorsque le bus a descendu la rue principale, de plus en plus de passagers blancs sont montés et le conducteur a demandé de libérer les sièges ».
« Deux-trois arrêts plus tard, un policier m’a demandé ce que je faisais assise là. J’ai dit que j’avais payé ma place et que c’était un droit constitutionnel. J’avais plus que tout envie de le défier et j’ai refusé de me lever ».
Emprisonnée et conspuée
Les policiers la jettent, menottée, dans leur voiture. Les remarques grivoises fusent. Elle est emprisonnée.
Rapidement, elle est libérée après le paiement solidaire de sa caution. A son retour, les voisins la félicitent et montent la garde de peur de voir sa maison ciblée.
Après avoir plaidé non coupable, elle est condamnée pour trouble à l’ordre public, violation de la loi de ségrégation et agression sur représentant de l’ordre. La jeune femme fait appel, mais en vain, elle est de nouveau condamnée.
Elle apprend à ce moment-là être enceinte d’un homme plus âgé. Encore mineure et non mariée, elle est accusée de moeurs dissolues, et ne peut plus servir de figure pour les associations de défense des droits civiques.
C’est là qu’intervient Rosa Parks. « Elle était adulte: elle serait plus fiable qu’une adolescente », expliquait Claudette Colvin. « Son grain de peau faisait qu’on l’associait avec la classe moyenne. Elle avait le bon profil et possédait une autorité naturelle ».
En plein boycott, la ville de Montgomery fait condamner en février 1956 une centaine d’organisateurs du mouvement, dont Martin Luther King et les époux Parks. Deux de leurs appels sont rejetés. Licenciée, Rosa Parks doit fuir la ville.
« Etincelle »
Le cas de Rosa Parks étant bloqué dans les tribunaux locaux, la NAACP décide de porter l’affaire de Claudette Colvin et de trois autres passagères devant la justice fédérale.
Le 5 juin 1956, première victoire: deux juges fédéraux déclarent inconstitutionnelle la ségrégation dans les bus. Montgomery et l’Alabama font appel. Mais la Cour suprême leur donne tort. Le 13 novembre 1956, elle juge que la ségrégation dans les transports en commun dans le Sud est inconstitutionnelle.
Pour Claudette Colvin, les choses ne s’arrangent guère: en raison de sa grossesse hors mariage, elle est renvoyée du collège et ne parvient pas à trouver du travail à Montgomery. En 1958, elle déménage à New York, devient aide-soignante et ne s’étendra pas sur son passé avant longtemps.
En 2005, elle déclarait au journal local de Montgomery: « Je me sens très, très fière. J’ai l’impression que ce que j’ai fait a été une étincelle ».
ats/miro