En Europe, les petits SUV dominent les
ventes mais restent à la traîne sur l’électrique. Entre nouveaux
modèles 2026, pression de Bruxelles et offensives chinoises, un
basculement s’annonce.

Les petits SUV occupent nos routes, nos
parkings de supermarchés et les catalogues des constructeurs. En
Europe, ce type de carrosserie a dépassé les 2 millions d’unités
vendues sur onze mois de l »année 2025, selon Dataforce. Bien que sa
croissance soit restée modeste, à +0,8 %. Un succès discret mais
massif, au point que les SUV, petits et compacts réunis, pèsent
désormais près de 40 % des immatriculations de voitures
particulières neuves sur le Vieux Continent.

Sur le terrain de l’électrique, en revanche, ce segment clé joue
les retardataires. Les modèles 100 % électriques n’ont compté que
pour 6,9 % des ventes de petits SUV en 2025, très loin des 19 % de
part de marché des BEV sur l’ensemble du marché
européen sur la même période. Et pourtant, une vague de nouveaux
SUV urbains électriques arrive dès 2026, portée
par Volkswagen, Skoda, Kia, Ford, Nissan ou encore des marques
chinoises. De quoi faire basculer ce segment encore très
thermique.

Petits SUV : un géant du marché encore très thermique

Le SUV de segment B, c’est-à-dire le petit SUV
urbain
, reste une affaire très européenne. L’Italie est le
premier marché pour cette catégorie, avec 18 % des ventes de petits
SUV en Europe, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne (15 % chacun),
puis la France (14 %) et l’Espagne (12 %), toujours selon les
données Dataforce (sur onze mois de 2025). Des modèles comme le
Volkswagen T-Roc et le Toyota Yaris Cross ont dominé le
classement, même si le T-Roc doit être reclassé chez les SUV
compacts dans sa prochaine génération, ce qui laissera la voie
libre au Yaris Cross pour devenir le petit SUV le plus vendu en
Europe.

Côté motorisations, les acheteurs de petits SUV ont, jusqu’ici,
surtout misé sur l’essence et l’hybride. Les
véhicules 100 % électriques ne représentent que 6,9 % des
ventes de la catégorie
, contre 19 % pour les BEV sur
l’ensemble du marché européen. Les hybrides, eux, ont fait un bond
de plus d’un quart en 2025 et pèsent désormais 22 % du
segment
, tirés par le succès du Toyota Yaris Cross, écoulé
à 174 080 exemplaires hybrides, et par le
MG ZS hybride, qui a même dépassé le Renault Captur et le Dacia
Duster hybride.

Les marques chinoises ont déjà pris 6,6 % du
segment des petits SUV, notamment avec le MG ZS, le BYD Atto 2 ou
le Jaecoo 5, tandis que le
Royaume-Uni est devenu le premier marché pour les petits SUV
électriques, avec le Hyundai Kona et le Ford Puma en tête. Un
contraste net avec d’autres segments, comme les SUV compacts, où la
croissance vient déjà surtout des électriques et des hybrides
rechargeables.

2026 : l’année où le SUV urbain électrique change de
dimension

Ce paysage commence pourtant à se transformer. Dès 2026, une
série de lancements doit faire grimper la part de l’SUV
urbain électrique en Europe
. Chez Volkswagen, le futur ID
Cross
, un petit SUV 100 % électrique
basé sur une nouvelle version traction avant de la plateforme MEB
et produit en Espagne, doit offrir environ 420 km
d’autonomie
, avec un prix annoncé proche de celui de ses
équivalents thermiques. Il sera accompagné par le Skoda Epiq,
jumeau technique qui vise la même autonomie d’environ 420 km et une
politique tarifaire calée sur les versions essence et hybrides. Kia
prépare aussi son offensive avec le tout nouveau
EV2, un B-SUV électrique dédié à l’Europe, produit
en Slovaquie, avec une autonomie allant jusqu’à environ 448 km et
un objectif de l’ordre de 100 000 unités par an. À côté, le
Ford Puma électrique, lancé fin 2024, le futur
Nissan Juke 100 % électrique et le Leapmotor B03X, petit SUV
chinois qui sera commercialisé en Europe via Stellantis, complètent
cette nouvelle vague.

Pour les constructeurs, le mouvement ne tient pas qu’à la mode.
Il est aussi dicté par Bruxelles. Entre 2019 et 2024, les
émissions moyennes de CO₂ des voitures neuves en
Europe ont déjà reculé d’environ 28 %, principalement sous l’effet
de la montée des véhicules zéro émission, qui représentaient 14,5 %
des nouvelles immatriculations dans l’Union européenne (plus la
Norvège et l’Islande) en 2024. La trajectoire européenne prévoit
une baisse de 100 % des émissions à l’échappement pour les voitures
neuves à l’horizon 2035, avec une proposition récente d’objectif de
-90 % assorti de mécanismes de compensation.

Dans ce cadre, l’Union met en avant des
« super-crédits »
pour les petites voitures
électriques abordables produites dans l’UE
, destinés à
pousser les constructeurs à lancer davantage de modèles compacts et
de petits SUV électriques assemblés sur le sol européen. Ajoutez à
cela la pression des marques chinoises, déjà à 6,6 % du segment, et
l’ascension de groupes comme Stellantis, appelé à devenir le numéro
un des petits SUV après le reclassement du T-Roc, avec des modèles
comme les Peugeot 2008 et e-2008, Fiat 600 et 600e, Jeep Avenger ou
Opel Frontera, et l’on comprend pourquoi, sur ce segment, le
tout-électrique s’apprête enfin à changer d’échelle.