À Torslanda, près de Göteborg, Volvo Cars
vient de mettre en hibernation sa gigafactory de batteries Novo
Energy, supprimant les 75 derniers postes. Derrière cette pause
stratégique en Europe se joue un bras de fer entre coûts,
partenaires et soutien public.

À Torslanda, près de Göteborg, la future
gigafactory de batteries de Volvo
Cars
, portée par la filiale Novo Energy, vient d’être mise en
« pause opérationnelle ». Ce projet lancé en grande pompe en 2021
avec le spécialiste suédois des cellules Northvolt
devait fournir jusqu’à 50 GWh de batteries par an.
L’équivalent d’environ 500 000 voitures électriques, pour Volvo,
Polestar et d’autres marques du groupe
Geely, en particulier les usines de Göteborg et de
Ghent.

Annoncée début 2022, l’usine représentait un investissement
d’environ 30 milliards de couronnes suédoises, soit près de 3
milliards d’euros. Elle promettait en parallèle 3 000 emplois à
Torslanda. Quatre ans plus tard, le site est largement construit
mais reste silencieux, en attente d’un nouveau partenaire
technologique et d’un cadre économique jugé plus respirable.

À Torslanda, la gigafactory Novo Energy passe en mode
pause

Ce 13 janvier 2026, Volvo Cars a officialisé une « pause
opérationnelle » pour Novo Energy. Une pause qui
entraîne l’arrêt complet des activités et le licenciement des 75
salariés encore en poste, après une première réduction de moitié
des effectifs en mai 2025. Pour Alexander
Petrofski
, président de Novo Energy et responsable des
programmes de petits véhicules chez Volvo, la décision est d’abord
une question d’addition qui ne ferme plus : « Supporter ces
coûts et faire tourner l »ensemble de cette structure, nous ne
considérons pas cela comme viable actuellement »,
explique-t-il, cité par Reuters.

Le directeur général de Novo Energy, Adrian
Clarke
, résume la situation côté management : « Après
la faillite de Northvolt, nous avons, avec Volvo Cars, recherché un
nouveau partenaire technologique mais, sans partenaire sécurisé,
nous avons dû prendre cette direction ». Il salue au passage
une équipe capable « d’avoir livré une gigafactory dans les délais
et le budget ». Concrètement, le bâtiment à Torslanda est donc là,
mais l’usine est placée en hibernation, en attendant de trouver un
nouvel acteur des cellules prêt à s’engager sur le long terme,
Volvo rappelant que sa chaîne d’approvisionnement en batteries
reste diversifiée avec d’autres fournisseurs.

Coûts en hausse et aides européennes décisives

Au départ, la recette semblait solide. En 2021, Volvo Cars et
Northvolt
créent Novo Energy pour développer et produire en Suède des
cellules destinées aux modèles électriques du groupe. Mais
Northvolt n’a pas honoré ses engagements de financement, ce qui a
conduit Volvo à enclencher un rachat de la totalité du capital de
Novo Energy à l’automne 2024.

En mars 2025, la faillite de Northvolt en Suède prive le projet
de son partenaire technologique clé, obligeant Volvo à lancer une
recherche intensive d’un nouveau spécialiste des cellules pendant
toute l’année 2025. Sans succès pour l’instant. Dans le même temps,
une première vague de suppressions de postes est engagée, avant la
coupe de 50 % des effectifs en mai 2025, puis l’annonce de ce mois
de janvier.

En arrière-plan, le calcul économique a aussi changé pour Volvo.
Idem pour l’ensemble de la filière européenne des batteries.
Plusieurs projets de gigafactories ont été annulés ou retardés en
Europe récemment, sur fond de coûts de construction et d’énergie
élevés, et d’un ralentissement de la demande de voitures
électriques qui rend plus risqué ce type d’investissement massif.
Face à la domination chinoise dans la production de cellules, les
industriels réclament un soutien plus ferme de l’Union
européenne
. Bruxelles a bien présenté un nouvel
« automotive package » avec des incitations pour la production locale
de batteries, mais Alexander Petrofski souligne le rôle central de
ces aides dans les discussions en cours : « Nos partenaires
technologiques, ceux avec qui nous discutons, nous demandent
quelles sont les conditions pour obtenir un soutien financier dans
l’Union européenne pour établir une production ? C’est vraiment,
vraiment important », indique-t-il, en ajoutant que des
garanties de crédit sont essentielles pour le financement.

En attendant d’y voir plus clair sur ces points, la gigafactory
de Torslanda reste donc en sommeil, symbole d’un pari industriel
ambitieux qui se heurte à une réalité plus dure que prévu.