« Une opportunité historique »

De l’autre côté de l’Atlantique, le Mercosur déroule une nouvelle zone de libre-échange de cinq pays (Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay et Uruguay), soit un bassin de population de 270 millions de personnes. Très concrètement, les taxes sur les vins tranquilles (27 %) ou celles sur les spiritueux (35 %) doivent progressivement disparaître. « C’est une opportunité historique, résume Stéphane Badet, professeur d’économie pour le ministère de l’Agriculture dans le Bordelais et expert international dans l’économie viticole. Nous avons en partie perdu le marché chinois et celui des États-Unis se retrouve dans la tourmente politique au gré des taxes Trump. Nous avons besoin de relais de croissance, en voici un qui, à court terme, fait rêver. »

Avant les fêtes et la colère paysanne de ce début d’année, la Fédération des exportateurs des vins et spiritueux de France (FEVS) avait d’ailleurs appuyé sur cette « nécessaire » diversification que doit apporter l’accord UE-Mercosur, « un levier essentiel pour renforcer notre présence internationale tout en soutenant la croissance et l’emploi dans nos territoires », avait souligné son président Gabriel Picard, le 18 décembre dernier. Un autre fondement découlant du traité était rappelé : une meilleure protection des marques et appellations, une sécurité juridique « particulièrement nécessaire dans l’environnement international actuel. »

La viticulture française et régionale fonde particulièrement des espoirs sur le Brésil, affichant plus de 210 millions d’habitants et un pouvoir d’achat en pleine croissance. Seulement 10 000 hectolitres de vins bordelais y sont exportés actuellement, ce qui en fait la 22ᵉ destination mondiale… « On y trouve déjà des vins français, italiens ou espagnols, mais chers et réservés à une certaine élite, reprend Stéphane Badet. En l’absence de taxes, ces vins deviendront accessibles aux classes moyennes et aux nouvelles générations. On se retrouve face à un marché relativement facile à travailler au sein duquel il va falloir proposer des cuvées faciles à boire. »

Un « jackpot » indien

Un Indien boit en moyenne une cuillère à café de vin par an, imaginons qu’il passe à une cuillère à soupe… »

Une autre lueur d’optimisme scintille de l’autre côté du globe. Les tractations actuelles entre l’Union européenne et l’Inde, qui pourraient accoucher d’un accord de libre-échange dans les prochaines semaines, pourraient redonner le sourire et des envies de conquête à la filière viticole. 740 hectolitres de crus bordelais seulement y ont été envoyés en 2024. « Aujourd’hui, un Indien boit en moyenne l’équivalent d’une cuillère à café de vin par an : imaginons simplement qu’il passe à une cuillère à soupe… », sourit l’économiste Stéphane Badet.

Tout reste à faire dans le pays le plus peuplé du monde et son 1,4 milliard d’habitants, où les vins européens subissent actuellement des droits de douane colossaux, à hauteur de 150 %. L’ambition serait de les ramener progressivement entre 30 et 40 %, ce qui pourrait les mettre à portée de très nombreux nouveaux clients. « On estime qu’il y a en Inde, 260 millions de consommateurs potentiels âgés de 25 et 35 ans, livre Brinda Bourhis, qui organise depuis plus de vingt ans des déplacements là-bas de viticulteurs girondins. L’engouement est manifeste. On voit se développer de nombreuses écoles d’hôtellerie, de plus en plus de wine clubs. »