Le monde étant ce qu’il est, on ne se berce plus d’illusions, mais la lucidité n’interdit pas de croire aux belles histoires. Pour les plus poétiques ou les plus romantiques (ce sont souvent les mêmes), celle de Charlotte Casiraghi et Nicolas Mathieu évoque un conte moderne entre une richissime et chicissime princesse et un modeste écrivain vosgien ayant fait des classes populaires et déclassées le moteur de son œuvre littéraire. Pour les plus cyniques ou désabusés (eux aussi sont souvent les mêmes), cette union relève plus de la farce que du passionnel : « L’homme de gauche avec la princesse des paradis fiscaux… On dirait le pitch d’une comédie ! » pouvait-on lire sur le réseau social X après la révélation de leur liaison dans Paris Match, en mars 2024. Pourtant, un an et demi plus tard, l’improbable et incroyable histoire entre Charlotte et Nicolas suit son cours.
Leurs voisins des quartiers chics ont désormais pris l’habitude de les croiser dans les restaus cosy de la capitale, où ils multiplient les dîners, ou simplement dans la rue, pour des balades avec un adorable teckel. Un duo comme les autres ? Pas vraiment… Pas du tout, même. C’est bien là la pierre d’achoppement de cette belle histoire. Nicolas se partage entre Nancy, Paris et la Bourgogne, où vit son fils ; Charlotte, entre Monaco et Paris. La capitale n’est, pour les deux, qu’un point de chute, pas un point d’arrivée. L’auteur devait s’en douter : être avec Charlotte, c’est être – parfois – loin des yeux, mais toujours près du cœur. Charlotte est libre et très attachée au Rocher. Son point d’ancrage à jamais. « Dans un couple, il est nécessaire d’arriver à conserver ce qui est beau, quoi qu’il arrive, confiait Dimitri Rassam, le père de son deuxième fils, à Paris Match en 2024, quelques mois après leur séparation. Ma plus grande angoisse n’est pas la peur de l’échec, c’est la crainte de ne rien vivre. » Cette dernière phrase en dit long sur ce qui est irrésistible chez Charlotte Casiraghi.

Charlotte Casiraghi et Nicolas Mathieu, un couple qui respire la poésie, à Paris, en décembre
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Ce n’est pas un hasard si Nicolas Mathieu est écrivain : sa vie, comme celle de tout un chacun, est un roman, à cette différence que lui sait la coucher brillamment noir sur blanc. Un intellectuel, oui, mais un battant aussi. Les dents plantées dans le papier, il avoue avoir débarqué à Paris « comme on réalise un fantasme de Rastignac pour devenir écrivain ». Né à Épinal d’un père électromécanicien et d’une mère comptable (décédés il y a peu), il ne roule pas sur l’or. Pour payer le loyer de son studio de 26 mètres carrés dans le nord-est de la capitale, il fait du soutien scolaire pour le compte d’Acadomia, rédige des procès-verbaux d’entreprise, passe même par l’émission « C’est mon choix » comme stagiaire… En parallèle, il écrit. Un roman dont personne ne veut, pas même lui qui le décrit comme « une purge narcissique ». Le suivant, « Aux animaux la guerre », une fresque sociale, sort aux éditions Actes Sud en 2014. Succès critique et public. Après quinze ans de vache enragée, il peut enfin vivre de sa plume, d’autant plus après les 700 000 exemplaires vendus de son deuxième livre, « Leurs enfants après eux », couronné en 2018 par le prix Goncourt, et les 350 000 de son troisième, « Connemara ». Par l’odeur du succès alléché, le Landerneau du cinéma se jette sur cette nouvelle coqueluche pour les droits d’adaptation. Las ! Pour un budget évalué à 12 millions d’euros, « Leurs enfants après eux » n’attire que 325 000 spectateurs en salles, et « Connemara », estimé à 5 millions d’euros, n’engrange que 250 000 tickets. Nicolas Mathieu n’est pour rien dans ces déroutes, mais ça le mine quand même un peu.
La princesse fréquente plus les cercles littéraires que les clubs mondains. Et aime «les écrivains passionnés»
Toutefois, ce n’est pas le genre à se plaindre. Sans quoi Charlotte Casiraghi n’aurait même pas levé les yeux sur lui. C’était dans le courant de l’année 2023. Est-ce la littérature qui les a réunis ? Charlotte est en effet férue de lettres. Déjà présidente et fondatrice des Rencontres philosophiques de Monaco (le dernier dîner, qui a fait beaucoup parler, a eu lieu en juin), elle s’apprête même à lancer une collection d’ouvrages de philosophie chez Actes Sud. La princesse, qui est restée très liée intellectuellement à son ancien prof de philo Robert Maggiori, fréquente plus les cercles littéraires que les clubs mondains (elle organise, sous la houlette de Chanel, dont elle l’une des ambassadrices, les Rendez-vous littéraires rue Cambon). « J’aime les écrivains passionnés, avec une écriture qui engage le lecteur dans une expérience, déclarait-elle il y a un an dans “Madame Figaro”. Certaines écritures, trop construites, me touchent moins. Celles qui tremblent un peu, qui laissent voir les failles de l’auteur me marquent plus. » Le genre de propos qui, étayé au cours d’un dîner entre initiés, engage à la conversation… et plus si affinités.

Entre la princesse Alexandra de Hanovre et Andrea Casiraghi, Charlotte en famille pour la fête nationale de Monaco, le 19 novembre 2025.
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Nicolas Mathieu, lors de la montée des marches, à Cannes, le 21 mai 2025.
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Le secret de ce « plus » est donc éventé en mars 2024, quand le couple est surpris à la terrasse d’À la ville d’Épinal, un café face à la gare de l’Est à Paris, proche de la brasserie où les parents de Nicolas emmenaient leur fils déguster des choucroutes et où l’auteur a désormais ses habitudes avant de prendre son train pour Nancy. Tant pis si ses admiratrices énamourées n’ont de cesse de lui poster des messages au lyrisme débridé (il en a carrément tiré un recueil, « Le ciel ouvert », éd. Actes Sud), il a trouvé, avec Charlotte, une raison d’accélérer les battements de son cœur.
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Charlotte Casiraghi, alors qu’elle découvre les premiers exemplaires de son livre « La fêlure », à paraître le 29 janvier aux éditions Julliard.
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Nicolas Mathieu au Festival de Cannes, le 22 mai 2025, pour la projection de «Connemara », adapté par Alex Lutz.
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Au sein de l’été, Charlotte s’est fendue d’un essai à paraître fin janvier, « La fêlure », qui tourne autour des fameuses « failles » inhérentes aux artistes torturés, comme Fitzgerald ou Colette. En octobre, Nicolas Mathieu confiait à « L’Orient-Le jour », quotidien francophone libanais : « Ma compagne lit beaucoup de poésie. Elle m’a fait découvrir Akhmatova, par exemple. » On s’est renseigné pour vous : Anna Akhmatova est une poétesse russe disparue en 1966, largement évoquée dans le livre à paraître de Charlotte Casiraghi, et dont ces vers pourraient être, eux aussi, ceux d’un conte : « Tu m’as dit : “Tu es pauvre, tu es simple.” / Et j’ai souri, / Car j’ai compris / Que j’étais riche de ton absence. » Certes, Nicolas Mathieu, modèle de transfuge de classe, n’est plus pauvre, mais on pardonnera l’esprit facétieux qui pousse à calquer ces jolis mots sur ce fossé géographique, source d’« absence », justement. Et puis qui gardera le teckel ? Et supportera-t-il seulement l’avion ? Autant de questions qui trouveront forcément des réponses. La lucidité n’empêche pas l’espérance : elle la rend simplement plus exigeante.

Charlotte Casiraghi avec le prince Albert II lors de l’inauguration de la médiathèque Caroline, à Monaco, le 10 décembre 2025.
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© Bruno Bebert / Pool Monaco

Charlotte Casiraghi et Nicolas Mathieu, balade à trois… avec un nouveau compagnon, dans les rues de Paris.
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