Le Marinera a jeté l’ancre dans le Moray Firth, au nord-est de l’Écosse, afin de faire un ravitaillement avant de retraverser l’Atlantique vers les États-Unis.
Le Marinera, ex-Bella 1, a été conduit, mardi 13 janvier, dans le Moray Firth, la grande baie du nord-est de l’Écosse, à quelques milles nautiques de Burghead, où le très grand pétrolier (VLCC) n’est pas passé inaperçu. La presse britannique précise qu’il était encadré par un bâtiment des garde-côtes américains (le cotre de type Legend USCGC Munro) et de deux remorqueurs. Le pétrolier, intercepté le 7 janvier par des Navy Seals américains, transportés par le 160th SOAR (160e régiment d’aviation d’opérations spéciales) depuis les États-Unis, avec le soutien du Royaume-Uni, a été conduit en Écosse afin de se ravitailler, notamment en nourriture et en eau pour l’équipage, selon un porte-parole du gouvernement britannique, avant d’être conduit de l’autre côté de l’Atlantique.
Le gouvernement britannique a précisé qu’il ne participait pas directement à cette opération de ravitaillement. Néanmoins, le Premier ministre écossais, John Swinney, s’est dit « profondément préoccupé », en apprenant par des médias la présence dans le Moray Firth du navire battant pavillon russe et saisi par les États-Unis. « Le gouvernement du Royaume-Uni devrait nous informer au préalable et j’insiste sur ce point », a-t-il déploré.
Pour rappel, le Bella-1, pétrolier de 333 mètres de long sous sanctions des États-Unis, pour ses liens avec l’Iran, avait tenté d’échapper, à l’approche de la mer des Caraïbes, au blocus imposé aux pétroliers transportant du brut pour le Venezuela, la Russie et l’Iran. Il avait pris la fuite dans l’Atlantique, changeant de nom pour devenir le Marinera, et en prenant le pavillon russe. Après une traque de plusieurs semaines, il avait néanmoins été intercepté par le cotre USCGC Munro, alors qu’il semblait prendre la direction du port de Mourmansk.
L’opération états-unienne a bénéficié d’un soutien opérationnel britannique, à la demande de Washington. Ils ont bénéficié de l’appui de la Royal Air Force, en matière de surveillance, notamment avec un RC-135 Rivet Joint, ainsi que du soutien d’un bâtiment logistique de la flotte britannique, le RFA Tideforce.
Le Royaume-Uni a pris ses distances avec l’opération des États-Unis menée à Caracas ayant conduit à l’arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro, Londres appelant à respecter le droit international. Mais le ministre britannique de la Défense a expliqué que, dans le cas de l’arraisonnement du pétrolier, « cette action s’inscrivait dans le cadre des efforts internationaux visant à lutter contre le contournement des sanctions ». Il a également prévenu que « le Royaume-Uni continuera de renforcer son action contre les activités de la flotte fantôme afin de protéger notre sécurité nationale, notre économie et la stabilité mondiale ». D’après lui, cet arraisonnement était « pleinement conforme au droit international ».
Il semble que le gouvernement britannique s’apprête à intervenir sur des navires de la flotte fantôme. D’après la BBC, qui rappelle que le Royaume-Uni a déjà imposé des sanctions à plus de 500 navires, le gouvernement a « identifié une base juridique qui, selon lui, pourrait permettre à l’armée britannique d’arraisonner et de retenir des navires » de la flotte fantôme avec un pavillon douteux, comme c’était le cas du Bella-1. Ils s’appuieraient sur une loi britannique sur les sanctions et le blanchiment d’argent.
Par ailleurs, le ministre des Transports, Heidi Alexander, a affirmé que le nombre de contrôles d’assurance était en augmentation, et que plus de 600 navires avaient été interceptés alors qu’ils naviguaient à proximité des îles Britanniques. En avril 2025, la Commission européenne avait annoncé, pour sa part, un renforcement des contrôles des navires transitant dans ses eaux. Elle avait modifié une directive de 2022 relative à la mise en place d’un système communautaire de suivi du trafic des navires et d’information imposant désormais que tous les navires, y compris ceux qui ne font que traverser les eaux de l’UE sans entrer dans un port européen, fournissent des informations d’assurance.
La Marine nationale française avait intercepté pour un refus d’obtempérer en octobre dernier un pétrolier, le Boracay, soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme. Mais il avait pu reprendre la mer avec sa cargaison de pétrole quelques jours plus tard. L’interception de ces pétroliers pose de vrais problèmes juridiques car les sanctions n’émanent pas de résolutions internationales, mais de pays ou groupes de pays, comme l’Union européenne. Il n’y a donc pas de réel embargo sur l’exportation d’hydrocarbures russes, qui permettrait d’arraisonner tout navire contrevenant. Rien n’empêche aujourd’hui juridiquement des bateaux tiers de commercer entre la Russie et les ports de pays qui n’ont pas adopté de sanctions.
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