C’est l’heure des bilans. Certains musées se gargarisent de chiffres, annonçant en fanfare des records de fréquentation pour l’année qui vient de s’achever. Au-delà du décompte, qui n’est pas toujours très clair – Les entrées gratuites sont-elles enregistrées ? Comment distinguer les personnes qui viennent voir les collections permanentes, de celles qui se déplacent pour les expositions temporaires ? – ce succès apparent cache une certaine ambiguïté quant à la mission des musées : leur objectif de toucher un public toujours plus large répond-il à une volonté d’éducation, ou de rentabilité ? Autrement dit, une fréquentation croissante est-elle compatible avec une visite de qualité ?
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- Devant la Joconde, au Louvre
Photo : Didier Rykner - Voir l´image dans sa page
Il y a, bien sûr, un abîme entre les musées qui voient passer quelques milliers de visiteurs par an et ceux qui en accueillent quelques milliers par jour. Et si l’on peut se réjouir du succès grandissant des premiers, lorsqu’ils fournissent un travail scientifique remarquable sur leurs collections, l’augmentation du public dans des lieux déjà très fréquentés n’est pas particulièrement exaltante. Derrière les chiffres annoncés par certaines institutions, il faut imaginer les files d’attente à l’extérieur, les foules agglutinées à l’intérieur, et l’on ne peut s’empêcher de compatir avec le visiteur qui tente d’apercevoir des œuvres, malgré ce flot humain, compact et impatient, qui l’entraîne de salle en salle. Il doit jouer des coudes, accepter d’être gêné par le sac à main d’une voisine encastré dans ses côtes, sentir l’haleine d’un inconnu exhalée dans son cou, se mettre sur la pointe des pieds pour dépasser le mur de téléphones brandis devant ses yeux, entendre les récits de vacances et les références familiales – « le portrait du moustachu me fait penser à tante Dédette » – subir les crêpages de chignons de personnes stupéfaites de retrouver, dans un lieu culturel, l’ambiance du…