Il y a encore quelques années,
compter ses grammes de protéines était l’apanage des
bodybuilders et
des sportifs de haut niveau. En 2026, c’est devenu presque
banal. Au supermarché, difficile d’y échapper : pâtes « Protein+ »,
fromages enrichis, biscuits boostés, chocolats revisités… Tout y
passe. Ce phénomène ne sort pas de nulle part. Après la crise du
Covid-19, beaucoup de Français ont revu leurs priorités. Mieux
manger, bouger plus, prendre soin de leur santé :
autant de bonnes intentions qui ont ouvert la voie à une explosion
de la nutrition sportive. Mais derrière les packagings musclés et
les promesses flatteuses, une question commence à émerger : ces
produits valent-ils vraiment leur prix ?
La nutrition sportive, nouvelle star des rayons
Le marché de la nutrition sportive est en pleine effervescence.
En 2022, il a franchi le cap des 40 milliards de dollars à
l’échelle mondiale, avec une croissance annuelle soutenue.
Selon Vitafoods Insights, cette dynamique devrait se
poursuivre sur la prochaine décennie. La pandémie a clairement joué
un rôle de déclencheur. Enfermés chez eux, puis soucieux de
retrouver forme et vitalité, de nombreux consommateurs se sont mis
au sport… et aux produits censés l’accompagner. Résultat : la
nutrition sportive s’est démocratisée.
En France aussi, la tendance est bien installée. Malgré une
chute temporaire pendant la crise sanitaire, le marché affiche
aujourd’hui une croissance annuelle de plus de 8 % comme le
rapporte Xerfi. Surtout, le public s’est élargi :
sportifs amateurs, femmes actives, seniors, millennials, et même
gamers, séduits par les promesses de performance et de
concentration.
Les protéines : entre vrai besoin et fantasme collectif
Les protéines occupent une place à part dans l’alimentation des
Français. Selon une étude OpinionWay pour Charal, 81 % estiment
qu’un apport élevé est essentiel pour rester en bonne santé. Dans
l’imaginaire collectif, plus il y en a, mieux c’est. Pourtant, les
professionnels de santé appellent à la nuance. Les recommandations
officielles de l’Anses restent relativement modestes :
entre 0,8 et 1 g de protéines par kilo de poids corporel et
par jour, avec des ajustements selon l’âge ou l’activité
physique.
Autre paradoxe : alors que les produits enrichis se multiplient,
les médecins observent davantage de carences,
notamment chez les personnes âgées ou en situation précaire.
Fatigue persistante, perte musculaire, fragilité immunitaire…
Autant de signaux qui rappellent que le problème n’est pas
l’absence de produits protéinés, mais plutôt une alimentation
déséquilibrée. Viande, œufs, poissons, légumineuses, produits
laitiers ou protéines végétales suffisent largement à couvrir les
besoins de la majorité de la population. Quant aux produits
enrichis, leur efficacité réelle divise : 60 % des professionnels
de santé estiment qu’ils n’apportent pas plus de bénéfices que les
aliments naturels.
Yuka révèle l’envers du décor : plus de
marketing que de muscles
C’est précisément ce décalage que Yuka a voulu mettre en
lumière. Sur le réseau X, l’application a comparé plusieurs
produits du quotidien en version classique et en version
« protéinée ». Les fusilli Barilla classiques contiennent
déjà 13 g de protéines pour 100 g et coûtent 0,21 €, tandis que la
version Protein+ grimpe à 20 g mais est vendue 0,55 €, soit 54 % de
protéines en plus pour un prix 162 % plus élevé.
Même constat pour le Babybel, qui passe de 22 à 26 g de
protéines pour 100 g, mais dont le prix augmente de 1,81 € à 2,17
€, soit 20 % de hausse pour seulement 18 % de protéines
supplémentaires. Chez Justin Bridou, les mini-bâtonnets protéinés
affichent 41 g de protéines contre 29 g pour la version classique,
mais leur prix bondit de 2,49 € à 3,56 €. Quant au beurre de
cacahuète enrichi, il propose 35 g de protéines au lieu de 28 g,
avec un tarif supérieur de 56 %. « Produits
hyperprotéinés, ils musclent surtout leur prix« ,
résume Yuka avec ironie. Pour l’application, ces produits surfent
avant tout sur une tendance. Le gain nutritionnel est souvent
marginal, tandis que l’impact sur le porte-monnaie, lui, est bien
réel.