Cet épisode sur l’IA vient après d’autres émissions sur le sujet – sur l’écriture et auparavant sur les usages par les enseignants – et investigue un phénomène récent et intrigant par sa vitesse. D’après Wikipedia, ChatGPT est lancé en novembre 2022 dans une version gratuite où il n’a pas accès à Internet comme source d’informations. Il bénéficie aussitôt d’une large exposition médiatique.
Les intelligences artificielles génératives dédiées au langage, à l’image et à la musique miment des actions humaines à une vitesse stupéfiante. Et cela interroge en profondeur l’éducation. Les IA nous dépossèdent-elles de l’envie d’apprendre, ou nous propulsent-elles dans un monde où nous gagnerions du temps pour faire des choses vraiment intéressantes ?
L’IA ampute notre participation à notre milieu symbolique
Selon Anne Alombert, « avec ces IA génératives, qui sont de nouvelles machines symboliques, il y a une misère symbolique au sens où ceux qui promptent ne sont pas forcément ceux qui produisent les symboles, parce que les symboles qui ont été produits, que ce soit du texte ou des images, ont été produits en fonction des jeux de données, en fonction des modèles, en fonction des critères d’entraînement. Et toutes ces dimensions-là nous demeurent cachées à nous, consommateurs de ces technologies. »
Un miroir grossissant des rapports au savoir
Cédric Naudet a mené une étude auprès de lycéens afin d’analyser les manières dont les jeunes s’en servent, concrètement, aujourd’hui : « J’ai mené 26 entretiens au cours dequels j’ai pu identifier trois grands profils d’usagers. Le premier regroupe les engagés réflexifs, c’est-à-dire des élèves qui vont utiliser l’IAG comme un levier cognitif, pour structurer leur pensée, reformuler des idées et approfondir des notions. Dans le deuxième profil se retrouvent les occasionnels légalistes, des utilisateurs plus prudents qui vont mobiliser l’IAG de manière ponctuelle dans des recherches d’informations, de l’aide à la reformulation, mais qui sont surtout attachés au respect des règles par la crainte de tricher. Enfin le troisième profil est celui des scolaires opportunistes, c’est-à-dire des élèves qui voient l’IAG comme un outil de réponse immédiate, sans distance critique, et pour eux, c’est une solution pour contourner les difficultés, souvent par manque de maîtrise des attentes scolaires implicites. »
Pour aller plus loin
Anne Alombert, De la bêtise artificielle Allia, 2025
Cédric Naudet, « L’usage de l’intelligence artificielle générative au lycée : un révélateur des inégalités socio-scolaires ? », Distances et médiation des savoirs, 2025
Jean-Pierre Martin, La curiosité. Une raison de vivre, éditions Autrement, 2019
Les jeunes sont très lucides sur leur usage des réseaux sociaux et parfois mieux outillés que nous, par Morgane Tuel, publié dans Le Monde le 13/01/2026
Illustrations sonores
- Archive – Lancement ChatGPT 30 Novembre 2022 INA – Décembre 2022 et France Culture / Guillaume Erner – 22 Décembre 2022
- Interventions d’étudiants, Damien, Lucie, Rose et Neil à propos du langage et IA, de l’utilisation, la satisfaction de l’IA et la curiosité et l’IA, produits par Louise Tourret
- L’écrivain Jean-Pierre Martin à propos de la curiosité et l’A, au micro de Louise Tourret, janvier 2026