BMC fait évoluer son pur-sang de cross-country avec une nouvelle déclinaison baptisée Fourstroke R 01. Toujours conçu autour de la fameuse tige de selle Autodrop, il passe désormais en 120 mm de débattement avant/arrière et adopte un cadre en carbone encore plus léger. Voici ce que l’on en a pensé après plusieurs de semaines de test : 

Dévoilé dans sa version actuelle en 2022, le BMC Fourstroke avait alors marqué une évolution importante pour le modèle, que nous avions déjà détaillée lors de sa sortie : Test nouveauté | BMC Fourstroke & Fourstroke LT : the fight club

Pensé avant tout comme une machine de cross-country au plus haut niveau, ce tout-suspendu s’inscrit clairement dans une logique de performance, avec déjà plusieurs faits d’armes sur les compétitions internationales au guidon des pilotes du BMC Factory Racing.

Châssis : même recette, version R

Visuellement, on reste en terrain connu : le cadre reprend les lignes du Fourstroke 01 avec son amortisseur logé sous le tube supérieur. Pourtant, la vraie nouveauté se cache au premier regard. Baptisée Fourstroke R 01, pour « Racing », cette nouvelle version du cadre devrait plutôt faire référence au poids, puisqu’il s’agit là de la finition la plus légère de toute la gamme XCO de la marque : une seule couche de vernis PU, appliquée sur un carbone laissé quasi brut, ce que la marque regroupe désormais sous son programme VAR0.

Une nouveauté subtile mais très importante pour les obsessionnels de la balance : BMC annonce 3160 g pour le cadre en taille M, un chiffre comprenant l’ensemble des accessoires montés d’origine : amortisseur, système de tige de selle téléscopique Autodrop, patte UDH ou encore les différentes protections.

Toutes les gaines sont entièrement guidées en interne sur ce Fourstroke et le jeu de direction dispose de butées pour éviter d’endommager le tube supérieur en cas de chute. Spécificité liée à sa conception : le système n’est pas totalement « verrouillé ». En cas de contrainte élevée, la rotation peut dépasser les butées, ce qui permet de préserver l’ensemble. Ces butées, directement moulées dans le carbone de la douille de direction, viennent s’engager dans un cône monté sur le pivot de fourche. Résultat : l’énergie est mieux dissipée lors d’une chute importante, tout en permettant un recentrage simple et rapide si nécessaire.

BMC a aussi pensé aux besoins pratiques : deux emplacements de porte-bidon prennent place sur le tube diagonal, un avantage notable pour les formats marathon ou les sorties longues. Enfin, le dégagement est prévu pour des pneus jusqu’à 62 mm (2.4”).

On en a touché un mot, mais elle mérite son attention particulière tant elle fait partie intégrante du cadre. Encore unique en son genre sur le marché, la tige de selle télescopique maison de BMC, baptisée Autodrop, est intégrée au cadre et est capable de descendre toute seule. Elle offre 80 mm de débattement.

Le système fonctionne avec de l’air comprimé, stocké dans le tube diagonal et rechargeable aussi souvent que nécessaire avec une simple pompe à pied (plutôt un modèle haut de gamme et adapté à la route ou la piste tout de même, pour atteindre les pressions nécessaires, autour de 100 psi). On vous en parlait plus en détail juste ici : Test nouveauté | BMC Fourstroke 01 & Fourstroke LT : the fight club.

La commande propose deux niveaux : le premier déverrouille la tige comme sur n’importe quel modèle classique, tandis que le second ouvre le circuit d’air et permet à la selle de descendre sans effort du pilote. L’autonomie tourne autour de la centaine de cycles avant de devoir regonfler la chambre. Une fois la chambre vide, la tige de selle fonctionne comme ses concurrentes, c’est-à-dire qu’elle nécessite un « squat » du pilote pour descendre. 

Suspensions

La cinématique de suspension reste la même, la fameuse APS de chez BMC, mais le débattement grimpe à 120 mm sur cette version, devant comme derrière. Techniquement, l’APS (Advanced Pivot System) de BMC s’appuie sur quatre points de pivot et deux biellettes (supérieure et inférieure) qui définissent un point de pivot virtuel situé près de la roue arrière. De ce point de vue strictement cinématique, on est bien dans la famille des suspensions à 4 barres (cf. Petit lexique illustré du VTT : toutes les clés pour comprendre). 

Géométrie

Ce Fourstroke propose un angle de direction à 66,5° couplé à un reach de 457 mm en taille M ou 477 mm en taille L. À l’arrière, les bases sont de 432 mm et l’angle de tube de selle remonte à 76,7°. Enfin, le boîtier de pédalier est particulièrement bas (-53 mm par rapport à l’axe des roues). Bref, c’est assez radical pour un modèle de XC ! 

Équipements

Dans cette luxueuse version, le BMC Fourstroke R 01 est équipé d’un duo de suspensions Öhlins, avec une fourche Öhlins RXC34 Carbon et un amortisseur Öhlins TXC2 Air, tous deux en 120 mm de débattement et dotés d’un blocage au guidon à trois position (à savoir bloqué, pédalage et ouvert).

Le combo transmission / freinage est assuré par Sram avec un luxueux groupe T-Type XX SL intégrant un capteur de puissance dans l’étoile du pédalier, et une paire de freins Motive Ultimate associés à des disques de 180 mm avant/arrière.

Le train roulant est estampillé DT Swiss, avec une paire de jolies XRC 1200 de 30 mm de largeur interne et annoncée à 1303 g. Le casting est par contre plus brouillon du côté des pneumatiques où l’on a des Vittoria Mezcal en 2.35″ de section. Une paire de pneus qui s’est avérée rapidement dépassée dans les conditions hivernales de ce test (et plus personnel, pas le meilleur choix esthétique avec leurs flancs beiges). Vous remarquerez qu’on leur a troqué un duo de chez Continental, à savoir le Dubnital/Magnotal pour affronter la boue.

On a déjà parlé de la tige de selle télescopique maison et intégrée, c’est la même logique du côté du poste de pilotage avec cette solution en une pièce en carbone de chez BMC. Celui-ci offre une largeur de 760 mm, un backsweep de 8° et une potence de -19°. On notera le petit support pour GPS (fixation type Garmin) intégré de série.

Versions et tarifs

Pour le Fourstroke, BMC a fait le choix d’une gamme volontairement scindée en deux versions bien distinctes, tant sur le plan technique que tarifaire :

D’un côté, le Fourstroke R 01, vitrine technologique de la marque et modèle que nous testons ici, affiche un débattement de 120/120 mm et une orientation clairement tournée vers le XC moderne et engagé. Une version ultra haut de gamme, commercialisée à 14 999 €, qui assume pleinement son positionnement premium.

De l’autre, le Fourstroke 01 Three joue une carte beaucoup plus accessible. Avec 110 mm à l’avant et 100 mm à l’arrière, il conserve l’ADN Fourstroke mais dans une interprétation plus classique et moins radicale, pour un tarif catalogue de 4 499 €. Deux vélos, deux philosophies, mais une même base qui permet à BMC de couvrir un spectre très large de pratiques en XC.

BMC Fourstroke R 01 : le test terrain

Dès les premiers tours de roue, on comprend que le Fourstroke R 01 ne se contente pas d’aligner des chiffres flatteurs sur une fiche technique. Le vélo demande un minimum d’attention au départ, notamment côté réglages. BMC recommande un sag de 30 % à l’arrière, une valeur qui peut surprendre pour un vélo estampillé XC. Pourtant, après vérification et roulage, c’est bel et bien là que la suspension donne le meilleur d’elle-même.

Pour affiner tout ça, Öhlins propose d’ailleurs un outil particulièrement bien pensé : le Performance Suspension Guide. En renseignant la marque et le modèle du vélo, le poids du pilote et le sag souhaité, le module va piocher dans la base de données Öhlins pour proposer des réglages cohérents de pression et de tokens. Un vrai plus pour partir sur de bonnes bases sans passer des heures à tâtonner.

En position, le Fourstroke R 01 affiche clairement ses intentions. Avec 457 mm de reach, un stack contenu et un cockpit en -19°, on est face à une géométrie résolument orientée performance, sans pour autant tomber dans l’extrême. On n’a pas cette sensation d’être “nez dans le guidon”, mais plutôt bien centré entre les roues, installé dans le vélo plutôt que perché dessus. Comme sur les précédentes générations, les tailles se chevauchent : entre 1,75 m et 1,80 m, le choix entre M et L reste personnel. La taille M se montre plus compacte et incisive, tandis que la L apportera sans doute un petit supplément de stabilité et de confort sur la durée.

Le système de commande à trois positions mérite qu’on s’y attarde. C’est très personnel : certains apprécieront de pouvoir définir une position “ouverte” réellement optimisée pour la descente, sans compromis sur le pédalage, puis de basculer sur des modes intermédiaire ou bloqué selon le terrain. D’autres préféreront sans doute la simplicité d’un blocage à deux positions. Ici, l’intérêt majeur réside justement dans cette position ouverte pleinement exploitée, les deux autres venant adapter le vélo aux phases de pédalage ou aux sections roulantes. En revanche, la commande au guidon n’est pas parfaite : il faut déplacer légèrement la main pour passer du blocage à la tige de selle, ce qui fonctionne, mais manque un peu d’ergonomie sur les longues sorties. On se surprend à rêver d’une intégration plus intuitive.

Sur le terrain, la cinématique APS associée à l’amortisseur Öhlins fait un travail remarquable. En descente, le Fourstroke R 01 se montre très confortable pour un XC : il lisse efficacement les aspérités, filtre bien les chocs et renvoie peu d’informations parasites dans les jambes. Résultat, on se fatigue moins, ou alors on peut se permettre d’attaquer davantage.

Autre point fort de cette cinématique : la traction en montée. La roue arrière colle au sol, même dans les passages délicats ou les franchissements techniques, ce qui permet de transférer la puissance de manière très efficace.

Tout n’est pas parfait pour autant. Si l’arrière du vélo impressionne, l’avant nous a laissé un peu sur notre faim, et plus précisément la fourche Öhlins. Qu’on se comprenne bien : elle fonctionne correctement et reste cohérente avec le programme du vélo, mais elle ne nous a pas semblé au niveau des toutes meilleures du segment en termes de sensibilité et de soutien en fin de course. Un point perfectible, surtout en comparaison directe avec les références actuelles.

Sur les longues montées sur piste, on joue volontiers entre les modes bloqué et intermédiaire : blocage total sur les sections régulières, mode intermédiaire dès que le terrain se dégrade, afin de conserver de la nervosité tout en laissant travailler la suspension. Si l’on cherche la réactivité la plus sèche possible, le Fourstroke n’est pas un pur “missile” façon Epic World Cup ou Supercaliber. En revanche, il offre une rigidité largement suffisante pour du XC, avec un surplus de grip et de confort qui fait la différence dès que le terrain devient exigeant.

En descente, la stabilité est bluffante, notamment dans le raide. L’angle de direction de 66,5° combiné à un boîtier bas permet d’aborder sans arrière-pensée des sections qu’on réserverait habituellement à un vélo un peu plus « gros ». La première partie de course de la suspension est très sensible, idéale sur les racines, les compressions successives ou les freinages en dévers, tandis que la fin de course reste bien tenue : on arrive rarement en butée, même en envoyant fort. L’ensemble châssis / roues XRC 1200 / fourche Öhlins est très rigide, précis… et exigeant. Le vélo va exactement là où l’on regarde, à condition de le tenir. Il demande un peu de poigne et d’engagement pour s’exprimer pleinement : ici, c’est clairement le pilote qui doit mener la danse.

Dans ce registre, l’Autodrop reste une arme redoutable.

Une fois pris en main, le Fourstroke R 01 se montre redoutablement efficace, y compris sur des terrains clairement hors de son programme initial. Dans ce registre, l’Autodrop reste une arme redoutable. On pédale assis jusqu’au dernier moment, puis un appui franc sur la commande suffit à faire disparaître la selle instantanément. Dans les passages qui arrivent par surprise, plus besoin d’anticiper ou de “squatter” : on appuie, ça descend, et on gère. La remontée se fait comme sur une tige classique. Après quelques heures, le système devient totalement instinctif. Les pilotes habitués à utiliser beaucoup la tige de selle en course y verront un vrai gain en fraîcheur musculaire. À noter toutefois que l’autonomie est limitée à une centaine d’actions : il faut penser à recharger régulièrement. Une fois la réserve vide, la tige fonctionne comme une télescopique classique.

Enfin, le boîtier de pédalier bas mérite d’être mentionné. Il participe grandement à la stabilité et au feeling de pilotage, mais peut aussi devenir pénalisant dans certaines situations, notamment sur des franchissements ou des sections très trialisantes où il faudra redoubler d’attention.

Verdict

Avec ce Fourstroke R 01, BMC ne cherche pas à lisser son XC ni à le rendre consensuel. Au contraire, la marque assume une vision très engagée du cross-country moderne : plus de débattement, une géométrie radicale, une cinématique aboutie et des solutions techniques fortes comme l’Autodrop. Le résultat est un vélo exigeant, qui demande de l’implication et un pilotage actif, mais qui offre en retour un niveau de performance, de confort et de contrôle rarement atteint dans la catégorie.

Ce n’est pas le XC le plus nerveux ou le plus “sec” du marché, ni le plus facile à appréhender pour tous les profils, mais c’est sans doute l’un des plus complets dès que le terrain devient technique, cassant ou engagé. Capable de briller en course tout en restant étonnamment à l’aise hors programme, le Fourstroke R 01 incarne parfaitement l’évolution actuelle du XC : plus polyvalent tout en étant diablement performant. Un vélo de caractère, clairement destiné aux pratiquants qui veulent aller vite… ou loin.

BMC Fourstroke R 01

14 999 €

10,94 kg (en taille M, sans pédales)

  • Qualité du cadre et des finitions supérieure
  • Rigidité et précision du châssis
  • Traction en montée notable
  • Cinématique et qualité du travail de l’amortisseur
  • Tige de selle Autodrop
  • Tarif élevé
  • Ergonomie de la commande de blocage à trois positions
  • Fourche Öhlins légèrement en retrait face à la concurrence

Évaluation des testeurs

  • Prix d’excellence
  • Favori
  • Qualité / prix