Le courrier n’est plus livré dans le sud de Zaporijia. Le service postal privé de Kushuhum, à 18 km de la ville de 670 000 habitants, a fermé il y a quelques jours. Il était, comme d’autres avant lui, la cible de frappes aériennes. Pour les forces ukrainiennes, c’est un signe qui ne trompe pas : l’armée russe est aux portes de la commune.
Le 2 janvier, déjà, les autorités ont intimé aux familles de Kushuhum de faire sortir leurs enfants du village. À Zaporijia, la peur est palpable. Mais « la plupart des gens sont habitués à vivre dans ces circonstances », dit Roman Pyatigorets, analyste politique à The Economist. Pour le moment, les habitants de Zaporijia ne quittent pas leur ville en masse. Mais cela pourrait changer dans les prochaines semaines si les Russes continuent leur avancée.
Les Russes se font de plus en plus menaçants dans la région de Zaporijia
En 2022, déjà, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, la région de Zaporijia a très vite été sous le feu ennemi. Trois quarts du territoire avaient été saisis par l’armée russe. Y compris la plus grande centrale nucléaire européenne, à 55 km seulement de la ville – qui n’a, elle, encore jamais vu entrer les Russes. Un plan d’évacuation de la région existe et est prêt à être déclenché si une frappe venait à toucher la centrale, aujourd’hui à l’arrêt.
Il y a six mois, les craintes ukrainiennes se sont intensifiées. Des combats ont lieu dans la ville de Huliaipole, à 80 km à l’est de Zaporijia, et dans les villages de la périphérie sud de la ville. Pour les représentants militaires ukrainiens, cela ne fait aucun doute : si ces villages tombent, les Russes auront toute la latitude pour commencer à bombarder régulièrement Zaporijia. Le 22 novembre 2025, la partie sud de la ville a d’ailleurs été ciblée pour la première fois par un drone FPV.
Quelle est la stratégie des Russes à Zaporijia ?
À 15 minutes de Zaporijia, la ville de Balabyne a déjà mis en place des protections contre les drones. Une sorte de tunnel en filet se déploie sur la rue principale. Un dispositif censé permettre aux habitants de continuer à vivre quasiment normalement malgré la menace grandissante et les frappes régulières depuis trois mois.
Le 29 décembre 2025, Vladimir Poutine a ordonné à ses troupes de saisir toutes les parties de la région encore inoccupées. Une stratégie qui oblige l’Ukraine à mobiliser des troupes là plutôt que dans le Donbass, également sous le feu russe. Alors que d’éventuelles négociations de paix doivent avoir lieu, la Russie cherche à gagner du terrain sur toutes les zones pour tenter de les garder sous son giron après le cessez-le-feu.