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La « Victoire de Samothrace », ici au Louvre.
Comptez trois euros de plus pour arpenter la galerie des Glaces à Versailles, et dix euros supplémentaires pour se perdre dans les couloirs du château de Chambord. Ces hausses ne concernent pas tout le monde, mais seuls les visiteurs étrangers non-européens qui, à compter de ce mercredi 14 janvier, doivent payer plus cher dans plusieurs lieux culturels incontournables, en France.
Quels musées sont concernés, et à quel prix ? Pourquoi cette initiative tarifaire rare en Europe et dans le monde, par ailleurs loin de faire l’unanimité au sein même de ces institutions françaises, a-t-elle été portée par le gouvernement, et son actuelle ministre de la Culture Rachida Dati ? Pour y voir plus clair, Le HuffPost vous propose de revenir point par point sur le dossier.
Quels musées sont concernés ?
L’entrée en vigueur de cette nouvelle tarification, qui ne s’adresse qu’aux touristes hors Union européenne, Islande, Liechtenstein et Norvège, est mise en place dans cinq lieux. Parmi eux, le musée du Louvre, où ces visiteurs devront désormais s’acquitter d’une entrée à 32 euros, soit 45 % de plus que le prix actuel.
Le château de Versailles, où seules 17 % des personnes qui s’y rendent sont françaises, a aussi fait grimper ses tarifs. L’accès à l’ensemble du domaine monte à 25 euros, au lieu de 22 euros. Comme le soulignent nos confrères du Dauphiné Libéré, celui-ci devrait même atteindre les 35 euros pendant la « haute saison », c’est-à-dire du 1er avril au 31 octobre.
Même son de cloche pour le plus vaste des châteaux de la Loire mentionné plus haut, Chambord. Finis les 19 euros demandés à l’accueil. Il leur faudra maintenant dépenser la modique somme de 31 euros, soit dix euros de plus qu’aux résidents européens. On parle, ici, d’une hausse de 63 % par rapport à l’année 2025.
Quant à la Sainte Chapelle, à Paris : depuis ce mercredi, le passage du portique est fixé à 22 euros, contre 13 euros auparavant. Le billet combiné avec la Conciergerie monte pour sa part à 30 euros. Il était à 25 euros avant la hausse.
Même si dans l’ensemble, la gratuité s’applique toutefois pour les moins de 18 ans quelle que soit la nationalité, d’autres lieux, comme les visites de l’Opéra Garnier, devraient être concernés par cette montée des prix dans le reste de l’année, pouvant ainsi donner des idées l’an prochain ailleurs encore, selon les résultats.
Pourquoi augmenter les tarifs ?
Cette flambée des tarifs à l’entrée des musées ne vient pas de nulle part. Elle est motivée par « une vraie rupture dans la politique tarifaire » signée Rachida Dati, selon qui « les Français n’ont pas vocation à payer tout, tout seuls ». Cette dernière souhaite que « ce supplément aille financer la rénovation du patrimoine national ».
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Ici, la galerie des Glaces du château de Versailles.
En effet, la France pense pouvoir générer grâce à ça « 20 à 30 millions d’euros » supplémentaires par an, selon les estimations du ministère de la Culture. À titre d’exemple, le bénéfice attendu pour Versailles devrait tourner autour des 9,3 millions d’euros supplémentaires, sur la base de la fréquentation en 2024.
Parmi les projets privilégiés, il y en a un très d’actualité qui trône dans l’esprit de notre président : le colossal chantier de rénovation du Louvre. Voulu par Emmanuel Macron, comme il l’a martelé dans un discours en début d’année 2025, il est évalué à plus d’un milliard d’euros.
Un accueil mitigé, non ?
Cette différenciation ne fait toutefois pas l’unanimité, même chez nous. Au sein du Louvre, les syndicats, engagés depuis la mi-décembre dans ce qui s’apparente à l’une des plus grandes mobilisations de l’histoire du célèbre musée, estiment notamment que la double tarification « foule aux pieds notre histoire républicaine et l’universalisme fondateur » du lieu. Ouvert en 1793 à peine quelques années après la Révolution française, le musée de 360 000 mètres carrés devrait en partie sa création à cette notion de philosophie politique.
Vent debout contre ce qu’ils qualifient de politique tarifaire « choquante philosophiquement, socialement et humainement », ils ont inscrit la demande de renoncement à cette mesure à leurs revendications de grève, réveillant par là même un lancinant débat sur les musées.
Sommés d’assurer un accès au plus grand nombre tout en générant suffisamment de recettes pour leur entretien, « les musées sont sous pression », a reconnu un des comités du Conseil international des musées, une organisation représentée dans 139 pays, peu après la décision du Louvre, note l’AFP. Accessibilité et viabilité, deux impératifs qui « ne cohabitent pas toujours facilement », d’après l’instance.
À l’étranger, comme ça se passe ?
Il faut dire qu’ailleurs en Europe, une telle mesure n’a pas d’équivalent. Au British Museum de Londres, l’entrée est gratuite quelle que soit l’origine géographique des visiteurs. Idem au Rijksmuseum d’Amsterdam, au Prado de Madrid ou à l’Alte Nationalgalerie de Berlin.
De l’autre côté de l’Atlantique, on s’en rapproche. À New York, par exemple, le Met permet aux résidents de son État de fixer eux-mêmes leur prix d’entrée. Pour tous les autres adultes, qu’ils soient Américains, Chinois, Mexicains ou européens, il faut débourser 30 dollars, à l’exception des seniors, des personnes handicapées et des étudiants.
Il faut regarder plus loin pour trouver une différenciation similaire, comme au Pérou pour vister le Machu Picchu. Là-bas, les touristes étrangers en ont pour 62 dollars, contre 35 dollars pour les ressortissants de la communauté andine, zone géographique regroupant la Bolivie, la Colombie, l’Équateur et le pays où se trouve le célèbre lieu historique.
DIEGO RADAMES / Anadolu via AFP
Le Machu Picchu compte 5600 visiteurs par jour en haute saison.
Pareil en Égypte, où le Grand musée du Caire propose un tarif de 200 livres égyptiennes (3,5 euros) pour les Égyptiens et de 1 450 livres (26 euros) pour les autres visiteurs. En Inde, le billet pour le Taj Mahal est 23 fois plus élevé pour les étrangers que pour les touristes indiens, tandis que la visite du site de Petra, en Jordanie, revient à 30 dinars jordaniens pour les touristes arabes, et à un unique dinar pour les Jordaniens (un peu plus d’1 euro). Il monte à 50 pour les touristes du reste du monde, soit à peu près 60 euros.