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L’art urbain prend vie à Toulouse grâce à Aude Gardette. Sous le pseudonyme Sleepingwalls, elle réveille les murs endormis avec ses œuvres éphémères. Sa démarche interactive et sociale attire les passants, transformant la ville en galerie à ciel ouvert.

Dans ses vidéos et sur le pavé de Toulouse, Aude Gardette joue avec les pinceaux et les couleurs d’un air rêveur. Une fois son œuvre finie, elle repère un mur détérioré — c’est important — et grimpe discrètement sur des poubelles pour accrocher sa toile, l’offrant à la vue et à la rue de sa ville de cœur, sa muse. Sa composition illumine alors, quelque temps, des façades ternies par les âges.

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Cette mystérieuse étoile filante de poésie urbaine vient d’Aurillac et d’une famille d’artistes. Arrivée à Toulouse à 17 ans pour des études de design d’espace, elle bifurque ensuite vers l’architecture. Un métier rationnel, parfait pour compléter une vie de bohème. « Je suis très sensible à la lumière, aux matériaux, aux ambiances, je peins quand le lieu m’inspire », explique celle qui réalise aussi de la peinture en live dans des bars ou des cafés et vend ses travaux à côté des études.

Aude, alias @sleepingwalls sur les réseaux sociaux, peint dans la rue.

Aude, alias @sleepingwalls sur les réseaux sociaux, peint dans la rue.
Adrien Pateau

Démocratiser l’art et éveiller la ville

Au détour des réseaux — Instagram, TikTok — l’artiste de 23 ans se fait connaître sous le nom de Sleepingwalls, les murs endormis. L’idée : les réveiller par l’art. « Une ville est vivante quand la créativité y règne. » Aussi, Aude peint dehors. Une façon de « sortir l’art du cadre clos des ateliers ou des salles d’exposition ». Cela ajoute un aspect social, interactif et participatif. Brosse en main, le temps s’étire sur le pavé toulousain. Une peinture qui pourrait prendre trente minutes demande deux heures, à force de discussions avec les passants. C’est le but. « Je me laisse volontairement déconcentrer, les gens viennent me voir, me parler et peignent parfois également. »

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L’amatrice de gribouillages réalistes travaille ici l’abstrait, plus instinctif et rapide, pour laisser des dessins libres à l’interprétation. Qu’importent les saisons, ces fleurs de papier ont fleuri place des Carmes, rue du May ou des Quatre-Billards. Il faut suivre les réseaux pour ne pas rater les éclosions éphémères… avant qu’elles ne soient cueillies par des Toulousains peu partageurs. Certains fans s’en font des bouquets.

Loin de s’en offusquer, Aude y voit une preuve : la peinture touche, même sans code ni éducation culturelle. Elle passe quand même dans les jours qui suivent pour vernir et imperméabiliser son travail, en ajoutant un petit écriteau. Un jour, un adolescent lui confie n’avoir jamais mis les pieds dans un musée : « Le premier tableau que j’ai vu, c’était le tien. » Pour elle, tout est là. Démocratiser l’art, ce n’est pas l’expliquer : c’est le rendre visible, sensible, vivant… et fugace.