Le photomontage est un procédé fondé sur la combinaison d’éléments photographiques qui crée des images composites. Il se distingue du photocollage en ce sens qu’il est principalement destiné à la presse et aux affiches. Au 19ᵉ siècle, la pratique émerge dans le milieu de l’édition, de la publicité et de la presse. Plusieurs photographes se servent déjà du photomontage comme moyen de communication politique. C’est le cas du photographe Eugène Appert qui publie l’album « Les Crimes de la Commune » en 1871. À la fin des années 1910, les dadaïstes berlinois et les constructivistes russes s’emparent du procédé pour en faire un outil de propagande visuelle. Proches du spartakisme de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, les dadaïstes berlinois créent des photomontages au sujet de la crise politique et morale de l’Allemagne d’après-guerre. En URSS, les constructivistes russes des années 1920 conçoivent le photomontage au service du socialisme. À une période où la presse illustrée se développe au sein des classes populaires ouvrières, le photomontage représente un outil efficace pour convaincre le peuple.

Un moyen de communication politique

Le photomontage politique se développe également dans la France de l’entre-deux-guerres. Dès les années 1920, le mouvement surréaliste français crée des photomontages avec une visée parfois politique. André Breton, Paul Éluard et Dora Maar détournent des images préexistantes dans les revues illustrées pour concevoir des compositions énigmatiques. C’est surtout par le biais des réseaux communistes que le photomontage entre dans le champ politique en France. En 1928, le Secours ouvrier international (SOI), organe de propagande communiste, lance la revue française, Nos regards. Sur plusieurs de ses pages, les photomontages développent une culture visuelle au service de l’idéologie soviétique.

Le photomontage politique n’est cependant pas l’apanage des gauches communistes. De l’Italie fasciste à l’Allemagne nazie, les courants d’extrême droite ont également conscience du potentiel du procédé pour impressionner les masses. Les futuristes italiens exposent notamment des photomontages monumentaux dans de grandes expositions comme la « Mostra della Rivoluzione fascista » à Rome en 1932.

Couper, coller, assembler

La pratique du photomontage nécessite un savoir-faire précis. Le premier geste est la collecte d’images. Suivent la coupe du cliché photographique et parfois le collage. Enfin, l’impression est centrale dans le processus de création. Si les photomontages sont principalement destinés à la presse illustrée et aux affiches, ils sont également visibles au sein des salons et des expositions. En 1936, la designer et architecte française Charlotte Perriand crée un gigantesque photomontage « La Grande Misère de Paris » dans le cadre du Salon des arts ménagers. Le photomontage invente une nouvelle forme de communication, qui devient globale après la Seconde Guerre mondiale.

Pour en savoir plus

Damarice Amao est docteure en histoire de l’art, attachée de conservation au Cabinet de la photographie du Centre Pompidou.
Ses publications :

  • (avec Lilah Remy), Décadrage colonial : surréalisme, anticolonialisme, photographie moderne, Éditions Textuel, 2022.
  • (codir. avec Florian Ebner et Christian Joschke), Photographie, arme de classe : Photographie sociale et documentaire en France, 1928-1936, Éditions Textuel, 2018.
  • Éli Lotar et le mouvement des images, Éditions Textuel, 2017.

Max Bonhomme est historien du design graphique, maître de conférences à l’université de Strasbourg.
Ses publications :

  • Propagande graphique. Photomontage et culture de l’imprimé dans la France des années 1930, Éditions de la Sorbonne, 2025.
  • (codir. avec Aline Théret), Couper, coller, imprimer : Le photomontage politique au XXᵉ siècle, Éditions Anamosa, 2025.

Max Bonhomme est co-commissaire, avec Aline Théret, de l’exposition « Couper, coller, imprimer : le photomontage politique au XXᵉ siècle » à La Contemporaine à Nanterre, du 19 novembre 2025 au 14 mars 2026.