Le petit Poucet de la grande distribution s’apprêterait-il à quitter l’Hexagone ? Le discounter allemand Aldi, qui enchaînerait les pertes depuis cinq ans, plancherait sur une potentielle sortie du marché français, selon le média la Lettre. Ce discounter plutôt secret aurait en effet confié une mission à sa banque conseil, la Deutsche Bank, afin d’étudier un scénario de cession. Qui se solderait, si cela se confirmait, par la fermeture ou plus probablement le rachat des 1 300 magasins implantés sur notre territoire.
Une hypothèse qui ne surprend guère les observateurs. « Ce scénario sanctionnerait l’échec sur la durée d’Aldi », juge ainsi l’expert de la grande distribution, Franck Rosenthal, qui rappelle qu’en 2020, lorsque Aldi avait racheté 800 Leader Price au groupe Casino, il aurait mécaniquement dû atteindre 3,8 % de parts de marché. Or, il atteint péniblement les 3,1 % aujourd’hui, selon l’institut Worldpanel by Numerator. En cause, la « fuite » des anciens clients de Leader Price. « Alors que dans les Leader Price, ils avaient 4 500 références, ils n’en ont plus que 2 500 dans les nouveaux Aldi. Un certain nombre de consommateurs sont donc allés voir ailleurs », en déduit-il.
Et puis, le modèle d’Aldi en France pêche en termes de rentabilité. Entre 2019 et 2023, alors qu’une grande partie des magasins avaient été rénovés de fond en comble, les pertes cumulées auraient atteint 1,3 milliard d’euros, selon la Vigie Grande conso. Et même si, depuis, la situation s’est un peu améliorée, notamment en 2025, le groupe allemand estime peut-être que l’ardoise a été trop douloureuse.
Un retrait pour « investir davantage aux États-Unis » ?
Ce souci financier s’explique par les énormes investissements publicitaires récemment faits par Aldi en France : « Après avoir décidé de ne pas faire de pub, ce discounter a changé son fusil d’épaule, et a investi proportionnellement au moins trois fois plus que son poids en termes de parts de marché. Avec de telles dépenses, si les résultats commerciaux ne sont pas au rendez-vous, cela devient compliqué », souffle Françk Rosenthal.
Alors que le match avec l’autre discounter allemand, Lidl, semble plié – Lidl est à 8,3 % de parts de marché -, l’actionnaire allemand pourrait faire le choix de retirer ses billes dans l’Hexagone… « afin d’investir davantage aux États-Unis, où il possède déjà 2 500 magasins et où la croissance du commerce est nettement plus forte qu’en France », complète cet expert.
Si Aldi – le discounter n’a pas donné suite à nos sollicitations – confirmait ce départ, quelles enseignes pourraient être intéressées par un potentiel rachat ? Le grand frère Lidl, certes, qui ambitionne de densifier encore son maillage territorial, mais aussi le groupe Carrefour d’Alexandre Bompard (21 % de parts de marché aujourd’hui). « Mais même Intermarché et Coopérative U pourraient être sur les rangs », juge Franck Rosenthal, pour qui « 3 % de parts de marché en plus, cela ne se refuse pas ».