Par

Marie Pomme

Publié le

15 janv. 2026 à 14h04

Ce mercredi 14 janvier 2026, scène inhabituelle devant un immeuble de l’avenue des Champs-Elysées à Paris. Arnaud Gallais, co-fondateur de Mouv’Enfants, sort un mégaphone et déplie à la hâte un drap blanc sur lequel il reconstitue une scène de crime. La victime : un enfant. « Ici, dans cet immeuble, sur la plus belle avenue du monde, se cache un sexshop qui vend des poupées pédopornographiques », entame-t-il.

Le site proposait de choisir la taille désirée de sa poupée

Dans le sillage du scandale Shein et de l’enquête ouverte le 12 janvier 2026 contre une entreprise située dans les Hauts-de-Seine, Mouv’Enfants, asso de lutte contre les violences faites aux mineurs, est tombé sur le site Sexy dolls, qui commercialise des poupées à l’effigie d’enfants. Le site a été signalé au procureur de la République, à Pharos et à la répression des fraudes le 4 janvier et n’est plus accessible depuis. Sur des versions du site enregistrées dans les archives du web, on découvre qu’il est possible de choisir la taille de sa poupée et certaines ressemblent effectivement à des enfants.

Sur le site internet, il est possible de choisir la taille de sa poupée et certaines ont des apparences très juvéniles.
Sur le site internet, il est possible de choisir la taille de sa poupée (voir sur la gauche) et certaines ont des apparences très juvéniles, comme la première que l’on voit proposée dans le catalogue. (©Capture d’écran)

« Nous souhaitons aujourd’hui qu’il y ait des actions. Il y a des clients derrière, il faut aller les chercher de toute urgence », réclame Arnaud Gallais. « La justice l’a démontré, derrière chaque acheteur, il y a systématiquement des personnes qui ont commis des actes effroyables contre des enfants. » Et de rappeler qu’en France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, ce qui représente un enfant toutes les trois minutes.

« On ne peut pas laisser des enfants subir des choses comme ça »

Interloqués devant la scène, plusieurs passants s’arrêtent. Nadège écoute attentivement. Elle travaille non loin de là, elle est choquée. « Je ne savais absolument pas qu’il y avait un sex-shop qui vendait des poupées pédopornographiques », se scandalise-t-elle. « Je pense qu’il faut faire quelque chose parce que c’est honteux. Il faut protéger les enfants au maximum, parce que nous avons tous été des enfants et on ne peut pas laisser des enfants subir des choses comme ça, c’est intolérable ».

Dans la galerie où Sexy dolls indique avoir pignon sur rue, pourtant, aucune trace de boutique. Seulement une porte discrète, qui permet de monter dans les étages, où l’on retrouve bien le numéro du bureau affiché sur internet. Mais à l’intérieur, c’est une entreprise de domiciliation qui occupe les lieux. Ce type d’entreprise fournit une adresse administrative officielle pour les entreprises, protégeant les gérants et leur offrant la possibilité d’afficher une localisation parfois plus attrayante que la réalité.

@actu.paris

Des poupées pédopornographiques en vente sur les Champs-Élysées ? Plusieurs membres de Mouv’Enfants manifestaient devant le bâtiment pour attirer l’attention. Mais l’entreprise, en plus de commercialiser des poupées sex*elles à l’effigie d’enfants, ce qui est illégal, aurait usurpé l’adresse. #justice #manifestation #poupee #sinformersurtiktok #enfants

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Usurpation d’adresse

Interrogé, Jean-Philippe*, qui y travaille, indique qu’à travers ses services, plus de 20 000 entreprises sont domiciliées ici. Nous lui apprenons l’activité de Sexy dolls. « Je n’étais pas du tout au courant », assure-t-il. « Nous avons des directives assez claires, en général nous ne prenons pas ce type d’entreprises, y compris pour tout ce qui touche aux sex-toys. Mais quand une entreprise ouvre chez nous, elle peut déclarer une activité puis faire tout autre chose sans qu’on en soit informés. »

Des logiciels se chargent de scanner les sites internet mais selon lui, impossible de vérifier manuellement chaque client. « Je vais regarder Sexy dolls et si effectivement il y a un problème, l’entreprise sera radiée immédiatement », s’engage-t-il. Après avoir inspecté ses fichiers, il nous recontacte : l’entreprise n’aurait jamais fait partie de ses clients et aurait usurpé l’adresse. « Nous n’avons aucun lien avec ce site. Nous signalons les faits aux autorités et allons déposer plainte ».

*Le prénom a été modifié pour conserver l’anonymat.

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