Le pays resterait derrière la France et son rang de première destination mondiale en nombre de voyageurs étrangers pour l’année 2025. Mais les touristes dépensent beaucoup plus chez notre voisin, où les succès du secteur alimentent les débats sur le modèle économique et les conséquences du surtourisme.
Le tourisme ne connaît décidément pas la crise : comme la France, l’Espagne accueille chaque année davantage de visiteurs étrangers. L’an dernier, notre voisin a ainsi attiré 97 millions de voyageurs sur son sol et ses îles, Canaries et Baléares en tête, contre 94 millions un an plus tôt, selon une première estimation du ministre du Tourisme, annoncée ce jeudi. Des chiffres qui rejoignent ceux du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), qui estime que la croissance des flux du Vieux continent est alimentée en partie par le recul des États-Unis (-6% en volume), troisième pays le plus visité au monde.
Ce nouveau record est «une réussite collective de tout le pays», s’est félicité Jordi Hereu lors d’une conférence de presse à Madrid. Certes, l’Espagne ne détrône pas la France, qui reste leader en volume : 105 millions de visiteurs auraient séjourné dans notre pays l’an passé, une croissance. Mais notre voisin devrait cette année encore faire beaucoup mieux en valeur, avec des recettes estimées à 135,8 milliards d’euros (+6,8%). À titre de comparaison, en 2024, les 94 millions de voyageurs avaient dépensé 126 milliards d’euros de l’autre côté des Pyrénées, quand les dépenses des 100 millions de touristes étrangers en France n’atteignaient que 71 milliards, rappelle l’Alliance France Tourisme (AFT).
La France reste leader mais…
Ce groupe de réflexion qui réunit une trentaine de grandes entreprises tricolores du secteur (Accor, SNCF Connect & tech, la Compagnie des Alpes ou Belambra), plaide avec insistance pour que la France relève le gant sur le plan des dépenses des étrangers. «Le tourisme pèse 8% du PIB français et contribue positivement à la balance commerciale de notre pays», disait en substance la semaine dernière Dominique Marcel, le président de l’AFT, lors d’une conférence de presse. Selon les données de son observatoire, la France enregistrera en 2025 «une croissance modérée tirée par la fréquentation plus que par la valeur».
Le manque de capacité hôtelière par rapport à l’Espagne, par exemple, ne fait progresser le revenu par chambre que de 1,3%, moins que l’inflation, tandis que le prix moyen n’a augmenté que de 0,2%. En Espagne les hôtels ont gonflé leurs prix de 8 %, selon les premières données de l’Institut national de statistique (INE). De quoi alimenter la machine : au global, le tourisme pèse plus de 12,6% du PIB et alimente une croissance nationale de 2,9% en 2025 selon le gouvernement, qui représenterait plus du double de celle de la zone euro.
En Espagne, les excès du tourisme dénoncés
Des chiffres qui doivent toutefois être mis en perspective avec une réalité : le tourisme soulève désormais de vives oppositions localement, des Espagnols allant jusqu’à manifester, aux Canaries notamment où les hordes de visiteurs provoquent divers excès. De premières mesures censées rétablir l’équilibre ont été prises à Barcelone ou à Ibiza, pour réguler les offres Airbnb notamment.
Le professeur d’économie Pedro Aznar rappelle la liste des griefs des habitants de ces zones: «Modification de l’offre commerciale, davantage orientée vers les touristes que vers les habitants ; pression sur les services publics (…) ; et diminution de l’offre de logements à louer, lorsqu’il est possible de proposer les logements aux touristes, ce qui offre une rentabilité plus élevée».
Sans oublier, ajoute-t-il, «l’impact sur l’environnement», dans un pays en première ligne du dérèglement climatique et largement soumis au stress hydrique.
«Nous sommes en train de croître de la manière, au rythme et avec les éléments qualitatifs que nous jugeons souhaitables pour le modèle de la ’triple durabilité’: économique, sociale et environnementale», a soutenu le ministre Jordi Hereu pour répondre à ces critiques, jurant avoir «pour objectif de continuer à travailler en faveur d’un tourisme soutenable».
En vidéo – Comment Ibiza met un coup de frein au tourisme