Une cérémonie institutionnelle accompagnée d’un point sur le chantier s’est déroulée ce jeudi matin à Saint-Chamond. Une décennie après la validation des études d’opportunité, c’est donc à l’été 2026 qu’il devrait être livré. Initié début 2024, il avait été suspendu du jour au lendemain sans explications par l’Etat, maître d’ouvrage, pas même pour ses « partenaires » financiers de l’opération : Saint-Etienne Métropole et le Département. Mais il y a une lumière au bout du tunnel : 25 M€ auront été investis pour faire de La Varizelle un échangeur complet à l’entrée Est de Saint-Chamond.
L’ensemble des tabliers du pont devrait être posé courant février.
Cela doit-il tenir à la connaissance personnelle d’un parlementaire pour un ministre ? L’histoire fait penser à celle du député François Rochebloine, il y a 15 ans revendiquant d’avoir obtenu la création d’un nouveau commissariat de police pour le Gier dont Saint-Chamond a été privée des années durant (l’ancien s’était écroulé !). Cela après n’avoir pas lâché le titulaire d’alors de la place Beauvau, une relation personnelle… Fait classique, paraît-il, en République… Ce jeudi matin, parmi les discours successifs, celui d’Hervé Reynaud, ex maire de Saint-Chamond devenu en 2023 sénateur de la Loire n’a ainsi pas manqué de remercier Philippe Tabarot, ministre des Transports qu’il connait bien.
Avec son successeur à la municipalité couramiaude, Axel Dugua, il était en effet monté au créneau il y a environ un an pour obtenir le versement des crédits à Eiffage, principale entreprise embauchée (il y a des sous-traitants locaux), permettant ainsi de redémarrer en juillet dernier le chantier. « Redémarrer » car interrompu du jour au lendemain pour plus d’un an, après son lancement et les travaux préparatoires fin janvier 2024… Personne n’en avait été semble-t-il formellement informé dans le sud Loire, nous avaient alors indiqué les deux élus couramiauds. Malgré une participation financière à hauteur de 35 % de la part de la Métropole et de 15 % de la part du Département sur cet axe relevant des compétences d’Etat… Toutes nos tentatives, patientes et répétées pour en connaître la raison officielle d’octobre 2024 à janvier 2025, malgré le feu vert de la préfecture de la Loire donnée aux services, s’étaient heurtées au silence radio, observé au-dessus de cette dernière…
L’ultime obstacle en route franchi
Il faut dire que l’investissement n’est pas une paille : 24,9 M€ à ce jour contre… 18 M€ estimés en 2018 lorsqu’il était censé – déjà – être acquis et avoir franchi toutes les étapes politico administratives avant sa concrétisation. Le coup de l’A45 refait à plus petite échelle ? Il semble que le projet ait fait les frais, comme d’autres, du vent de panique gouvernemental au moment de s’apercevoir en 2024 que le crash financier national n’était pas une fiction Netflix mais une très proche possibilité. 2 ans plus tard, l’arlésienne a pris fin, et c’est, il est vrai l’essentiel. Envisagé déjà par Gérard Ducarre (maire de 1989 à 2008), le passage de « demi » à « complet » de l’échangeur de La Varizelle à l’entrée Est de Saint-Chamond aux limites de la RN88 / A47 en provenance de Saint-Etienne, aura mis une décennie à se faire. Entre la validation des études d’opportunité en 2026 et, avec cet ultime obstacle dans la dernière ligne droite, sa mise en service prévue pour l’été 2026. Début ou fin de la période estivale, cela dépendra désormais des conditions climatiques, du gel qui entravera ou non la fabrication du béton.
Projection architecturale de l’aménagement achevé (à droite de l’axe, le rond-point déjà existant, sortie La Varizelle en provenance de Saint-Etienne). Le pont réel est bien plus pentu.
Le chantier, très visible depuis l’A47 / RN88 puisqu’un pont est en cours de construction par-dessus l’axe, sur ces abords est de Saint-Chamond est d’envergure oui. Il impacte régulièrement la circulation (réductions de 3X2 à 2×2 voies, fermetures de nuit occasionnelles). Son intérêt ? Il dépasse celui propre à la seconde ville de la Loire. Il s’agit de donner la possibilité à ce niveau où passent 70 000 véhicules par jour d’entrer et sortir de l’autoroute dans les deux sens. De quoi fluidifier, décongestionner avant le goulet de la sortie principale de Saint-Chamond qui suit (ou précède). D’autant que le lieu est stratégique et de plus en plus fréquenté : il y a là un nouveau petit centre commercial, l’Arena, des entreprises industrielles un peu plus loin (Novaciéries) à qui on a « vendu » il y a 5, 10 ou 15 ans un accès efficace. Il y a la prochaine arrivée du gigantesque projet SCABB Valley (par ailleurs contesté par certains), dont la première pièce, un hôtel Ibis, devait d’ailleurs être validée par le bureau de Saint-Etienne Métropole ce jeudi après-midi.
La Varizelle intégrée à Mobi’LYSE
Côté financements, même si la réalisation du chantier était acquise avant l’abandon de l’A45, l’enveloppe de l’Etat a été placée dans le programme Mobi’LYSE, vaste programme de compensation au renoncement brusque de l’autoroute que le national devait aider à financer à hauteur de 400 M€. Le maire de Rive-de-Gier Vincent Bony, représentant ce matin la Métropole au titre de sa vice-présidence à la voirie a donc rappelé que l’échangeur est un gros morceau de ce long dispositif d’amélioration de la liaison Saint-Etienne Lyon. « Pour que les habitants de cette dernière puissent venir travailler et se divertir plus efficacement chez nous », ajoutait-il, un rien chambreur. Plus sérieusement, l’élu rappelait que Mobi’LYSE – qui en est à la moitié de son application – doit aussi financer la « mobilité douce » : fer, vélo et multimodalité.
Ce n’est pas le plus significatif certes mais il est à noter, d’ailleurs, pour la Varizelle, que le pont en cours de réalisation sera doté d’une piste cyclable. Un pont à la pente exceptionnelle pour ce type d’ouvrage, objet d’une dérogation puisqu’impossible de faire autrement. Pente à 6 / 7 % en raison du décalage de niveau entre côté nord (quartier Varizelle proprement dit) et côté sud (Arena / centre commercial). Les travaux ont exigé de solides murs de soutènement et des « parois cloutées » sur ce dernier. Tandis qu’au nord, il fallu réaliser deux ouvrages hydrauliques, en remanier un troisième existant et détourner sur 200 m la petite rivière qu’est le Janon. Mais le chantier avance désormais dans les temps. Il reste cependant beaucoup à faire et des épisodes de perturbations de circulation restent à prévoir. Comme créer une bretelle et un second giratoire au débouché du pont d’ici printemps qui vient dans le quartier résidentiel de la Varizelle.
Quant à l’explosion de la note (+ 7 M€ en 10 ans) – autre grand classique aussi -, la Dreal nous indiquait ce jeudi qu’il y a eu, d’une part, l’inflation galopante des matières premières fin 2022 au moment d’envisager d’enfin lancer le chantier. Et d’autre part, quelques surprises techniques de taille afin d’assurer la tenue de l’ouvrage. Le temps, c’est décidément de l’argent.