Qui n’a pas pesté sur un quai en apprenant que la rame tant attendue était retardée par un « colis suspect » ? Les bagages oubliés sont un véritable fléau pour la RATP comme pour les usagers. Pire, la situation se dégrade même ces dernières années. En 2023, la régie constatait même une « recrudescence » de ces bagages abandonnés avec une augmentation de 70 % par rapport à l’année précédente.

Annonces vocales dans les rames, signalétique à bord, amendes salées… Rien y fait, il y a toujours un étourdi pour oublier ses affaires et pourrir la journée des autres… Aussi, la RATP est-elle contrainte de changer son fusil d’épaule et, pour permettre de fluidifier le trafic… d’alléger le protocole.

Le préfet de police revoit les critères d’un colis suspect

Avec près de huit « colis » abandonnés par jour, la procédure de levée de doute engendre de nombreuses interruptions ou ralentissements. Le plus souvent, il s’agit de faire intervenir une brigade cynophile sur place. Mais malgré l’augmentation du nombre de ces dernières, les perturbations restent trop nombreuses.

Aussi, le préfet de police de Paris a dû revoir la définition d’un colis jugé suspect dans un courrier adressé à la RATP et consulté par nos confrères du Parisien : « Si l’objet découvert présente par sa forme, sa constitution ou une inscription, un risque sérieux de contenir un objet explosif ou de représenter un péril d’une autre nature, l’objet est qualifié d’objet dangereux (une bouteille de gaz, la présence de fils électriques ou d’un message menaçant, par exemple). Le traitement de l’objet délaissé relève alors des forces de l’ordre qui saisissent le déminage. »

Les trains ne stationneront plus à quai

Partant de là, la RATP a revu son protocole en cas de bagages abandonné. Lorsqu’un petit objet ou un bagage ouvert au contenu visible sera abandonné sur un quai, il sera déplacé, mais sans interrompre pour autant le trafic contrairement à l’ancien protocole ou l’arrêt était automatique.

Si le bagage oublié se trouve à bord d’un train, celui-ci sera vidé de ses passagers, mais ne stationnera plus en gare dans l’attente des démineurs. Il sera conduit sur une voie secondaire.

Selon nos confrères d’Ici Paris-Île-de-France qui ont pu consulter une note interne, ce sont les agents de la RATP qui seront amenés à poser en premier un diagnostic lorsqu’un bagage oublié est signalé.

De quoi soulager le trafic général des transports en Île-de-France… mais pas les agents de la RATP. En effet, ces nouvelles règles inquiètent plusieurs syndicats.

L’inquiétude des syndicats d’agents

Interrogé par TF1, Vincent Gautheron, secrétaire général de l’Union syndicale CGT-RATP explique cette inquiétude : « On nous alerte sur les risques importants d’attentat en France, notamment en région parisienne, et on décide dans le même temps d’alléger la procédure sur la gestion de colis abandonnés dans les transports en commun. »

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Ce nouveau protocole fait « courir un risque énorme aux conducteurs et aux passagers », abonde Jean-Christophe Delprat, secrétaire fédéral FO-RATP, à Ici-Paris-Île-de-France. « Avec les nouvelles technologies, un attentat ne va pas se faire avec une bouteille de gaz de 15 ou 20 kg et avec des fils apparents. Ces critères-là, pour nous, ne sont pas légitimes. »

La RATP de son côté tente de tempérer les réactions. « L’objectif premier demeure la sécurité des voyageurs et de ses agents », explique la direction au Parisien qui précise que les consignes de sécurité pourraient encore évoluer, les ministères de l’Intérieur et des Transports planchant encore sur le sujet.