Quand une architecte d »intérieur affirme qu’à partir d’un
certain âge elle refuserait de s’enfermer pour cuisiner, cela
interroge notre façon de vivre la maison. « Si j’avais 60 ans, je
n’aurais pas de cuisine fermée », affirme Natalia
Zubizarreta
dans une interview au magazine El
Mueble. Pour cette décoratrice espagnole, la façon dont on
ouvre ou non la cuisine ne relève pas seulement du plan, mais d’une
vraie attitude face au quotidien.

Depuis dix-huit ans, Natalia Zubizarreta
conçoit des cuisines pour la marque Santos et rénove des
appartements où le salon, la salle à manger et la cuisine
dialoguent en permanence. Dans un pied-à-terre à Bilbao ou dans sa
propre maison, elle abat des cloisons, mise sur la lumière et fait
de la cuisine un lieu où l’on reste, pas un simple poste de
travail. Derrière sa phrase, une invitation à ne plus cuisiner à
l’écart.

À 60 ans, la cuisine fermée isole de la vie de la maison

Dans son entretien, la décoratrice décrit une scène que beaucoup
connaissent. Des amis discutent au salon, les conversations se
croisent, les enfants vont et viennent, pendant que la personne qui
cuisine reste seule derrière une cloison. « Si tout le monde est en
train de discuter dehors et que je suis enfermée dans la cuisine,
ça ne me paraît pas un bon plan. Je préférerais une cuisine ouverte
sur le salon ou la salle à manger et être au courant de tout »,
explique-t-elle.

Pour elle, ce choix prend un relief particulier quand on
vieillit. « Je serais consciente qu’il me reste chaque fois moins
d’années et l’important serait de partager tous ensemble ces petits
moments, pas les odeurs », résume Natalia
Zubizarreta
. Longtemps, les arguments contre la
cuisine ouverte ont été les odeurs et le bruit ;
les hottes plus efficaces, les plaques silencieuses et
l’électroménager intégré ont changé la donne, laissant au premier
plan le désir de ne rien rater.

La cuisine de Natalia Zubizarreta, un petit salon
semi-ouvert

Chez elle, Natalia Zubizarreta a choisi une
cuisine Santos modèle MARCO, au laqué Cachemire adouci par le bois
et un papier peint en raphia. L’objectif : créer une atmosphère
très douillette qui donne l’impression de se trouver dans un petit
salon plutôt que dans une cuisine. Toute la pièce s’organise autour
d’une table centrale, où l’on cuisine, prend un
café ou prolonge le dîner, pendant que la conversation continue
naturellement.

La pièce reste modeste en superficie ; chaque centimètre a donc
été étudié. Le four a été placé sous la plaque de cuisson pour
libérer le plan de travail, les meubles d’angle augmentent la
capacité de rangement, le four à micro-ondes disparaît derrière une
façade. L’évier se trouve sous la fenêtre. Une paroi
vitrée
relie la cuisine au reste de la maison : une vraie
cuisine semi-ouverte, baignée de lumière mais
légèrement tenue à distance du salon.

Bilbao : décloisonner pour une cuisine
ouverte, conviviale et lumineuse

Dans l’appartement de Bilbao qu’elle a rénové pour un couple
expatrié, la même logique se lit au premier coup d’œil. Des
cloisons ont été abattues pour laisser passer la lumière et rendre
la circulation plus fluide. Le salon aux pierres apparentes s’ouvre
sur une salle à manger chaleureuse, elle-même dans le prolongement
d’une cuisine blanche contemporaine : une grande pièce de vie
unique, où bibliothèque, plantes vertes et table familiale
partagent le même décor.

Pour qui approche des 60 ans et aime recevoir, ces projets
donnent des pistes concrètes. Certains préféreront une ouverture
totale de la cuisine sur le salon, d’autres une large baie ou une
verrière pour moduler les vues. L’essentiel reste de se demander où
l’on veut être quand les amis arrivent : derrière la cloison ou au
milieu de la pièce, à portée de voix, même en touillant la
soupe.