Raccourcir ses nuits pour boucler un dossier, regarder une série
ou gérer les enfants, beaucoup le font sans trop y penser.
L’impression est souvent de s’en sortir avec un peu de café, ou de
« rattraper » plus tard. Ce que l’on mesure moins, c’est le prix que
ce manque de sommeil peut faire payer à long
terme.

Une vaste analyse américaine, publiée dans la revue Sleep
Advances, a justement cherché à quantifier cet impact en
croisant durée du sommeil et espérance de vie dans
des milliers de comtés entre 2019 et 2025. Les résultats bousculent
les idées reçues : la quantité de sommeil figure parmi les tout
premiers déterminants de longévité, aux côtés du tabac, bien avant
l’alimentation ou l’activité physique.

Manque de sommeil et espérance de vie : ce que montre
l’étude

En France, les adultes dorment en moyenne 7 heures 32 minutes
par nuit, selon Santé Publique France. Ce chiffre « semble
correspondre aux recommandations de durée de sommeil pour les
adultes », peut-on lire dans une feuille de route interministérielle
en faveur d’un sommeil de qualité. Dans l’étude américaine, les
chercheurs ont comparé les proportions de personnes dormant au
moins sept heures par nuit à l’espérance de vie locale, après avoir
tenu compte du tabagisme, de l’alimentation et de la
sédentarité.

Leur constat est net : le manque de sommeil était
« significativement corrélé négativement » à l’espérance de vie. Le
lien observé dépassait celui de l’activité physique, des habitudes
alimentaires ou de l’isolement social ; seul le tabagisme faisait
pire. Ces résultats ont surpris les auteurs : « Je ne m’attendais
pas à ce qu’il y ait une corrélation aussi forte avec l’espérance
de vie », commenté Andrew McHill, principal auteur de l’étude, cité
par Femme Actuelle.

Combien d’heures de sommeil pour préserver sa longévité ?

Reste une question très concrète : combien d’heures faut-il
viser pour limiter ce risque ? Les principales sociétés savantes
recommandent aux adultes de dormir entre 7 et 9 heures par nuit.
« Nous avons toujours pensé que le sommeil était important, mais
cette recherche le confirme vraiment : les gens devraient vraiment
s’efforcer de dormir sept à neuf heures par nuit, dans la mesure du
possible », a recommandé Andrew McHill.

Dans l’étude publiée dans Sleep Advances, le seuil de
sept heures a servi de repère pour définir un sommeil suffisant.
D’autres travaux de cohorte retrouvent une espérance de vie
maximale autour de cette durée, avec une augmentation du risque
lorsque l’on descend bien en dessous ou que l’on dépasse largement
neuf heures. Les auteurs rappellent que le sommeil intervient dans
la santé cardiaque, la fonction immunitaire et les performances
cérébrales, autant de leviers qui finissent par peser sur la
longévité.

Mieux dormir pour limiter l’impact sur
l’espérance de vie

Bonne nouvelle, ce facteur reste modifiable : rallonger
progressivement ses nuits ne demande ni médicament ni équipement
particulier, seulement des habitudes plus favorables à un
sommeil de qualité. Les spécialistes conseillent
rarement des changements radicaux du jour au lendemain, mais plutôt
quelques ajustements tenables au quotidien, par exemple :

  • garder des horaires de coucher et de lever assez réguliers, y
    compris le week-end ;
  • réduire les écrans lumineux dans l’heure précédant le coucher
    ;
  • éviter caféine et alcool tard le soir ;
  • prévoir une chambre calme, sombre et relativement fraîche.

Quand les nuits de moins de six heures se répètent pendant des
mois, ou que l’endormissement devient systématiquement difficile,
les spécialistes recommandent d’en parler à un médecin ou à un
centre du sommeil, plutôt que de multiplier les somnifères en
automédication, surtout après 60 ans. Un bilan permet de dépister
une apnée du sommeil, une dépression ou un trouble du rythme
veille-sommeil, et d’orienter vers des solutions adaptées qui
protègent aussi bien la santé que l’espérance de vie.