Au tribunal de commerce de Toulouse, le bilan de l’année écoulée confirme les craintes : avec 1351 procédures collectives ouvertes, dont 904 liquidations et 398 redressements judiciaires, les défaillances d’entreprises atteignent pour la troisième année consécutive un niveau record. La construction (22,21 %), le commerce (19,47 %) et l’hôtellerie-restauration (14,06 %) restent les secteurs les plus touchés, dans des proportions comparables à 2024. « L’industrie, et en particulier l’aéronautique, demeure sur une ligne de crête », alerte Philippe Dedieu, président de la juridiction consulaire.
De l’autre côté du miroir, la dynamique entrepreneuriale se poursuit puisque 16.862 créations, dont 7256 sociétés commerciales, ont été enregistrées en 2025, en hausse de 11 %. Mais les radiations (7606) ont grimpé de 15 % et le président ne cache pas sa réserve. « Les immatriculations n’entraînent pas forcément de créations d’emplois. L’activité manufacturière reste en queue de peloton », déplore-t-il. La « faiblesse structurelle » des entreprises inquiète dans un contexte de « perspectives économiques incertaines », accentué par les échéances électorales.
Utiliser les procédures amiables à leur pleine puissance, un « voeu pieux »
L’an dernier, Philippe Dedieu avait souhaité le développement des procédures amiables ; en 2026, le président réitère car le compte n’y est pas : certes, les mandat ad hoc et les conciliations progressent avec au total 162 dossiers ouverts contre 119 en 2024, affichant un taux de succès de 80 %.
Toutefois, leur nombre reste bien trop faible au regard du volume des procédures collectives.
En cause, une sollicitation trop tardive. La procureure Véronique Benlafquih rappelle que « la conciliation est vouée à l’échec lorsque la situation de l’entreprise est très dégradée ». Le président prône aussi une amélioration des dispositifs : prise en charge de leur dimension sociale et allongement du délai de conciliation, « manifestement trop court ».
2026 : lutte contre le blanchiment et recrutement
Pour l’année en cours, la lutte contre le blanchiment se place au premier rang des priorités. Le tribunal compte également accélérer le déploiement des Classes de parties affectées, ce dispositif qui permet, pour certaines sociétés de taille notable, d’élargir le champ des acteurs consultés lors d’une procédure collective. Une « innovation majeure », saluée par les magistrats, qui a permis la mise en place de plans de redressements inconcevables dans un cadre classique.
En interne, on se souhaite de « bien fonctionner malgré les travaux » qui démarreront prochainement, et d’intégrer de nouvelles recrues. Un parcours de recrutement innovant a été mis en place l’an dernier, comprenant des immersions d’un ou deux jours. « La méthode a fonctionné », se félicite le président. À l’occasion de la rentrée solennelle, huit nouveaux juges ont été installés (dont une seule femme), portant l’effectif à 56 magistrats sur 58 postes statutaires.
Enfin, 2026 sera aussi une année de rassemblement, avec la tenue le 11 juin du congrès régional des treize tribunaux de commerce d’Occitanie. Il sera accueilli par l’université Toulouse Capitole.
Marie-Dominique Lacour
Sur la photo : Mercredi 14 janvier 2026, Philippe Dedieu (au centre), président du tribunal de commerce de Toulouse, dresse le bilan d’une difficile année 2025. Crédit photo : M.-D. L.-ToulÉco.