La photographe Vanessa Gilles présente « Sara, la mémoire de l’eau » dans le cadre du Festival Flamenco au musée des Beaux-arts de Nîmes.

« Au départ, je suis partie seule en Camargue à la rencontre des gitans, sans les connaître », se souvient la photographe Vanessa Gilles. Peu à peu, un lien de confiance s’est noué, notamment grâce à Esmeralda Romanez, qui se bat pour la mémoire des persécutions contre les Tsiganes.

Vanessa Gilles « aime leur liberté et leur poésie, leur façon de vivre l’instant présent, d’être heureux au jour le jour ». Ce travail au long cours donne naissance à un nouveau projet, « Sara, la mémoire de l’eau », à voir dans le cadre du Festival Flamenco au musée des Beaux-arts de Nîmes, quelques années après « Dosta, paroles et mémoires de femmes tsiganes ».

La migration, la mémoire, l’exil et la foi

L’immersion au quotidien permet à Vanessa Gilles une grande proximité avec son sujet. Mais son humanité, sa sensibilité à fleur de peau lui permettent d’aller au-delà. À travers l’histoire de Sara, la patronne des gitans qui curieusement n’a jamais été canonisée par l’Église, elle livre « une histoire de migration, de mémoire, d’exil, de foi et de guérison » et touche au cœur.

Comme le rappelle Amélie Casasole, « en 2025, il y a eu beaucoup de manifestations pour célébrer le 600e anniversaire du peuple gitan en Espagne ». Cette exposition est aussi une occasion de célébrer cette culture fondamentale dans l’émergence et le développement du flamenco.

La présentation débute par une série de photos de femmes, évoquant Sara, les pieds dans l’eau aux Saintes-Maries, majestueuses, dignes. Adepte du clair-obscur, dans un dialogue avec l’art sacré, Vanessa Gilles évoque Madeleine et les autres Maries dans des photos caravagesques, fait un détour par l’Inde d’où sont partis les gitans, accompagne le pèlerinage.

Les photos des capes de Sara sont tirées sur soie pour une installation poétique immersive.

Les photos des capes de Sara sont tirées sur soie pour une installation poétique immersive.

« Il existe deux versions de l’histoire de Sara. Dans la version écrite, elle arrive sur une barque depuis la Palestine avec les saintes. Dans la version orale, celle du peuple tsigane, elle accueille les saintes avec son voile bleu, qui va être le guide, un manteau de protection », explique Vanessa Gilles. C’est cette seconde version qu’elle préfère et qui donne naissance à une installation stupéfiante.

Vanessa Gilles a pu photographier les capes qui couvrent la statue de Sara la noire, dans la crypte de l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer. Grâce à la complicité de Philippe Moyen et de l’atelier Chic, elle a tiré ses images recto verso sur des grandes laies de soie qui envahissent l’espace pour une installation immersive, en forme de sanctuaire contemporain. Les ex-voto sont incarnés, ils flottent dans l’air et dans la lumière. Le détail de l’impression est absolument bluffant, chaque broderie, chaque sequin, chaque pli prend vie. « Les photos sont transformées en présences vibratoires », explique Vanessa Gilles. Dans un coin de salle, discrètement, elle a accroché une photo de la stèle installée à Saliers, le camp d’internement des gitans pendant l’Occupation en Camargue, dont il ne reste rien. Sinon la mémoire blessée.

Jusqu’au dimanche 8 février. Mardi au dimanche, 10 h-18 h. Musée Beaux-arts, rue Cité-Foulc, Nîmes. 5 €, 3 €. 04 66 76 71 82.