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Records d’activité, projets structurants, urgences sous pression… En 2025, le Centre hospitalier intercommunal de Castres-Mazamet n’a jamais autant soigné. Et pourtant, derrière cette dynamique inédite, l’inquiétude grandit : plus l’hôpital agit, plus son équilibre financier se fragilise. Un paradoxe qui interroge à l’heure des choix pour 2026.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, le Centre hospitalier intercommunal de Castres-Mazamet (CHIC) a franchi un cap historique : 31 579 séjours hospitaliers, soit + 6,6 % en un an. Pour la première fois, la barre symbolique des 30 000 hospitalisations est dépassée.

Autre seuil symbolique : plus de 10 000 interventions chirurgicales réalisées au bloc opératoire. Les urgences, malgré une régulation nocturne, enregistrent encore près de 40 000 passages. Et cette dynamique ne se limite pas au court séjour : les EHPAD et unités de soins de longue durée affichent + 8 % d’entrées, avec 246 nouveaux résidents. Un chiffre résume l’enjeu territorial : le CHIC assure 45 % de la réponse aux besoins de santé de la population du Tarn Sud. Autrement dit, sans lui, le territoire vacille.

Des années d’investissement qui portent leurs fruits

Cette montée en puissance ne doit rien au hasard. Entre 2022 et 2024, l’établissement a profondément renforcé son plateau technique : second scanner, seconde IRM, extension des capacités de réanimation, de soins intensifs, de surveillance continue, unité neurovasculaire, soins intensifs de néonatalogie.

Entre 2022 et 2024, l’établissement a profondément renforcé son plateau technique.

Entre 2022 et 2024, l’établissement a profondément renforcé son plateau technique.
DDM – P.B.

« En 2025, l’hôpital a poursuivi sur cette lancée en créant ou en consolidant de nouvelles activités, en médecine, chirurgie, soins médicaux de réadaptation et gérontologie », explique Philippe Péridont, directeur du CHIC. Autant de signaux qui témoignent d’une structure en mouvement, attractive et capable de répondre à des besoins de plus en plus complexes.

Urgences sous pression, organisation en réponse

Mais cette réussite s’inscrit dans un contexte tendu. Grippe, virus saisonniers, et désormais grève de la médecine libérale viennent percuter les organisations. « Une part de la médecine générale se déporte sur nos urgences », observe le directeur.

Pour absorber ce flux, l’hôpital a multiplié les adaptations : différenciation des circuits, affichage des temps d’attente, et création d’un circuit ultracourt destiné aux patients relevant de la médecine générale. « Deux projets doivent encore renforcer le dispositif en 2026 : l’extension de l’unité d’hospitalisation de courte durée, portée de 6 à 9 lits, et l’ouverture imminente de la Maison médicale de garde, attendue comme un levier clé pour désengorger durablement les urgences », assure Philippe Péridont.

2025 n’a pas seulement été l’année des chiffres. Elle a aussi permis de préparer l’avenir. La rénovation complète de l’internat médical est désormais achevée, améliorant l’accueil des internes et l’attractivité du territoire. L’Institut de formation aux métiers de la santé a lui aussi bénéficié de travaux d’extension et de modernisation, un investissement stratégique alors que la question des vocations soignantes devient centrale.

2026, entre projet majeur et inquiétude financière

L’année 2026 sera marquée par un chantier emblématique : la reconstruction de la Résidence du Midi à Mazamet. Un projet de 23 millions d’euros, financé conjointement par le Département, l’ARS, la Ville et le CHIC, pour créer un EHPAD neuf de 110 lits à l’horizon 2029. La déconstruction de l’ancien hôpital débutera dès le premier semestre 2026.

Mais derrière cette vitalité, le paradoxe demeure. « Le financement actuel ne permet pas à un hôpital dont l’activité progresse de 7 % d’équilibrer son budget », alerte Philippe Péridont. Plus l’hôpital soigne, plus l’écart se creuse entre missions assumées et financements accordés. Un constat inquiétant, à l’heure où l’hôpital public reste le pilier de l’accès aux soins. Car veiller à la santé financière du CHIC, c’est aussi garantir la santé de tout un territoire. Et sur ce point, l’année 2026 pourrait bien être décisive.