Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les pertes humaines de la Russie approchent un seuil critique, selon le secrétaire général de l’OTAN. Devant des parlementaires européens à Bruxelles, Mark Rutte a affirmé, mardi 13 janvier, qu’entre 20 000 et 25 000 soldats russes sont tués chaque mois sur le front. Des « quantités massives » et une situation qu’il juge « intenable » à long terme pour Moscou.

« Je ne parle pas de blessés graves. Je parle de morts », a précisé Mark Rutte, comparant ces chiffres à la guerre soviétique en Afghanistan, où environ 15 000 soldats avaient été tués en plus de neuf ans. « Aujourd’hui, ils perdent le même nombre, ou davantage, en un seul mois », a encore souligné le chef de l’alliance politco-militaire.

1100 soldats touchés chaque jour

Si la Russie ne publie toujours pas de bilan officiel de ses pertes, les estimations occidentales dressent un tableau sombre. Le ministère britannique de la Défense estime que Moscou a subi plus de 1,2 million de pertes, morts et blessés, depuis le début de l’invasion à grande échelle, soit 1 100 soldats touchés chaque jour. Londres note aussi que ces pertes ont augmenté fin 2025, alors même que les gains territoriaux russes restaient limités, notamment autour de la ville très disputée de Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine.

Les responsables ukrainiens expliquent en grande partie cette hécatombe par l’usage massif des drones. Selon eux, ces engins seraient responsables d’environ 90 % des destructions humaines et matérielles sur le champ de bataille. Leur omniprésence rend aussi l’évacuation des blessés extrêmement difficile. Des soldats occidentaux et ukrainiens estiment que la « golden hour », cette heure cruciale après impact, pendant laquelle les premiers soins sauvent des vies, a « pratiquement disparu » dans ce conflit.

Des réserves humaines

Pour contrebalancer ces pertes, la Russie dispose de nombreux réservistes, en plus grand nombre qu’en Ukraine, mais peine malgré tout à renouveler ses effectifs. Auprès de Business Insider, Kateryna Stepanenko, analyste à l’Institut pour l’étude de la guerre, explique que Moscou évite une mobilisation massive, trop coûteuse politiquement.

« Avant, le Kremlin se contentait de confier le recrutement aux centres militaires et aux autorités locales. Aujourd’hui, la question est devenue : ‘Où peut-on encore trouver des recrues ?' », expose-t-elle. Selon elle, sans réforme profonde de son système de recrutement, la Russie finira par « se heurter à un mur ».