« Vous êtes en stage à Reno depuis quelques jours, comment ça se passe ? comment allez-vous ?
Ça va super bien, je suis content parce que j’ai organisé ce stage au mois de septembre-octobre en espérant aller très bien à ce moment-là. On a des conditions d’entraînement qui sont exceptionnelles, et je pèse mes mots.

C’est-à-dire ?
C’est un grand parc des expositions, toute une partie est privatisée de décembre à mars, et ils ont installé 5 millions d’euros de matériel. Les dernières pistes Mondo, les derniers sautoirs UCS, un accès à une salle chauffée comme on veut, une salle de muscu pas très loin de la salle d’entraînement qui est démesurée. Il fallait que je me mette dans les meilleures conditions, si je veux être le meilleur possible cet hiver. C’est un stage qui est très coûteux mais qui est hyper important, et qui aujourd’hui me rend plus qu’heureux.

Pour quelles raisons avez-vous dû organiser ce stage ?
Cette année, on n’a pas eu la chance de pouvoir partir en stage national comme d’habitude en décembre. Philippe D’Encausse (l’un de ses deux coaches) s’est battu comme un lion, Jean Galfione (manager du programme LA 2028) a réussi à nous trouver une semaine à Tignes début décembre pour essayer d’optimiser, mais malheureusement ça ne remplace pas un stage de 15 jours en Afrique du Sud ou à La Réunion pour vraiment préparer la saison.

C’est donc pour des raisons budgétaires qu’il n’y a pas eu de stage national ?
La nouvelle direction de la Fédération française a cette volonté d’être très transparente sur le fait que l’équipe précédente a causé quelques dommages financiers. On paie les pots cassés. Dès le début ils ont dit que c’était la galère. J’ai eu l’information assez rapidement, dès les Mondiaux de Tokyo, et j’ai pris le taureau par les cornes.

Vous avez donc entièrement organisé et payé ce stage ?
Oui, c’est la première fois que j’organise un stage de A à Z, je me rends compte que ce n’est pas toujours simple. J’ai fait le choix de partir en solitaire avec un coach, mon père, puisque Philippe D’Encausse s’occupe des athlètes du pôle (à Clermont-Ferrand). J’ai aussi emmené et payé un kiné français, et j’ai un copain de très longue date qui fait un petit peu de contenu média. On a loué un AirBnB, une voiture, et puis on se débrouille. Pour 12 jours, ça va me coûter entre 7 et 10 000 euros pour quatre personnes, en sachant qu’on a quand même optimisé quelques frais, mais c’est un stage où j’ai zéro aide et zéro soutien des institutions. Ça me coûte beaucoup d’argent, mais c’est un vrai investissement. Je pense que ça peut me permettre d’être très performant. J’ai hâte de sauter en compétition, je pense que je peux être en forme d’entrée.

Justement, qu’attendez-vous de cette compétition ?
Je viens ici pour profiter des conditions, on est à 1 400 mètres d’altitude, sur des installations exceptionnelles. Cette saison, je veux être meilleur que l’année dernière, qui a été très compliquée. J’ai un petit objectif, je veux finir l’année à 40 sauts à plus de 5,80 m, j’en suis à 27 pour l’instant dans ma carrière, et, donc je veux sauter au moins 13 fois 5,80 m cette année, à commencer ici. Il y aura Sam Kendricks, KC Lightfoot, les deux meilleurs Américains, avec des records à 6,06 m et 6,07 m, Zach Bradford, un jeune qui a fait 5,90 m pour sa rentrée, et encore 4 ou 5 Américains à plus de 5,80 m, donc il y a vraiment une densité, mais je pense pouvoir tirer mon épingle du jeu.

Les Championnats du monde en salle (20-22 mars à Torun, Pologne) sont un objectif important cette année ?
Oui, ça fait partie des objectifs. L’objectif à long terme, c’est Los Angeles, mais chaque année on a la chance d’avoir des Championnats majeurs, et à la perche, que ce soit l’hiver ou l’été, le niveau c’est le même, on a les mêmes gars en face. Là on a des minima gargantuesques, puisqu’on nous demande de sauter 5,90 m pour se qualifier. Je prends ça plutôt comme un défi, c’est quelque chose que j’ai déjà fait, j’ai fait six fois plus de 5,90 m, donc j’ai envie d’aller le chercher une septième fois, une huitième fois, une neuvième fois.

Vos dernières saisons ont été perturbées par des pépins physiques. Ça faisait un moment que vous n’avez pas eu de préparation sereine…
Oui, ça fait depuis décembre 2023, que je n’ai pas enchaîné une période de préparation sans la moindre inflammation, j’avais toujours des petites douleurs. Là, je me trouve dans un nouveau chapitre de ma carrière, c’est ce que j’avais dit après Tokyo, puisque pour moi c’était vraiment la fin d’une histoire, et le début d’une nouvelle. Je me sens beaucoup plus fort mentalement, psychologiquement, physiquement. Je sens que je progresse, qu’on affine des détails. Je vis le truc passionnément. »