Alors que la Bourse de Commerce – Pinault Collection consacre actuellement une grande exposition à l’art minimal, en partenariat avec la Dia Art Foundation de Beacon, comment se porte son marché, 60 ans après sa naissance ?
« Je veux qu’on ressente les matériaux dans sa chair », confiait Meg Webster à l’ouverture de l’exposition « Minimal » à la Bourse de Commerce – Pinault Collection (jusqu’au 19 janvier). L’artiste états-unienne de 82 ans avait fait le déplacement à Paris pour le montage de l’un de ses paysages intérieurs, aux effluves de myrte et de cire d’abeille. Plus qu’une invitation à ressentir les craquelures d’un dôme de terre ocre, la pureté des lignes d’un cône de sel ou l’enveloppante présence d’un buisson en forme de U inversé, l’œuvre commandée par Jessica Morgan – directrice de la Dia Art Foundation et commissaire de « Minimal » – dégage aussi un parfum de statement piece : axée sur l’expérience sensorielle de l’art minimal, l’exposition élargit les horizons d’un mouvement trop longtemps réduit à quelques grands noms états-uniens et européens des années 1960-1980, sans chercher à l’historiciser. Aéré, le parcours se divise en sept sections thématiques conceptuelles : Lumière, Mono-ha, Équilibre, Surface, Grille, Monochrome, Matérialisme. Sur la centaine d’œuvres réunies, d’une quarantaine d’artistes, « 70 % d’entre elles sont issues de la collection de François Pinault, 30 % viennent de la Dia ou de collections particulières », précise Jessica Morgan. La curatrice ne boudait pas son plaisir à l’idée d’utiliser tous les niveaux du bâtiment, accordant une part importante aux artistes femmes, asiatiques, arabes et latino-américains. La Grecque Chryssa côtoie Donald Judd au sous-sol, la Canadienne Agnes Martin est voisine de Robert Ryman au premier étage, quand la Brésilienne Lygia Pape se voit consacrer au rez-de-chaussée une exposition dans l’exposition, faisant la part belle à ses créations les plus épatantes. Dans la salle dédiée au mouvement japonais Mono-ha, l’une des plus prenantes de l’exposition, le Sud-Coréen Lee Ufan est venu assister au montage d’une de ses œuvres les plus radicales, une plaque de verre…