Invité du petit-déjeuner de l’Association des Journalistes Médias (AJM), Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ et vice-président de Prisma Media, est revenu sur les sujets chauds des deux entités du groupe Bolloré : fin de C8, performances de CNews et de la régie publicitaire, polémiques et sa restructuration chez Prisma Media.
Dans un marché sous tension, le dirigeant revendique un virage très concret : régie plus agile, monétisation mieux répartie, et un cap symbolique enfin franchi pour la chaîne d’information du groupe. « Le résultat opérationnel de CNews est positif pour la première année dans l’histoire… en 2025 », annonce-t-il, avant d’ajouter que l’objectif est fixé : « En 2026, toute l’activité en clair (incluant CSTAR, NDLR) sera à l’équilibre. »
La régie retrouve de l’air après C8
Sur le sujet publicitaire, Gérald-Brice Viret livre un chiffre rare, et surtout très politique après l’arrêt de C8. « En termes de publicité, notre régie a retrouvé 50% du chiffre d’affaires de C8 », affirme-t-il.
Pour y parvenir, le groupe revendique une régie moins dépendante des seuls écrans historiques. « La régie s’est spécialisée dans la vente de plateformes », explique-t-il, en citant notamment « des accords avec Free », mais aussi avec HBO Max ».
Autre levier mis en avant : une gestion plus ouverte de la pression publicitaire sur certaines fenêtres de diffusion. « Nous bénéficions de conventions… nous sommes libérés de la TNT », poursuit-il, ce qui permet « de faire de la publicité… tout au long de la journée, quand on veut ». Le groupe revendique ainsi une capacité à produire de l’incrémental, y compris sur le sport : « On a introduit dans les matchs de foot… où on peut atteindre 2 millions, 3 millions de téléspectateurs, de la pub. »
CNews rentable un cap revendiqué
Dans la séquence, CNews devient une vitrine économique autant qu’un actif éditorial. « CNews est à l’équilibre opérationnel », assure Gérald-Brice Viret. Et il insiste sur le caractère inédit : « Pour la première année dans l’histoire. »
Le dirigeant rattache cette performance à une logique d’audience, donc de pricing. « La régie a augmenté le prix, parce que l’audience a plus que progressé », affirme-t-il, évoquant « 3,4% » comme niveau atteint par la chaîne.
Il répond aussi, frontalement, au débat récurrent sur la pression exercée sur les annonceurs : « On a beaucoup été attaqués sur la pub ces dernières années, sur CNews, et les annonceurs ont résisté », et « la preuve c’est qu’ils n’ont jamais été aussi nombreux aujourd’hui ».
« L’enjeu c’est la distribution »
Au-delà des performances de chaque antenne, Gérald-Brice Viret ramène systématiquement la stratégie du groupe à une bataille plus structurante : celle des usages et des tuyaux. « L’enjeu c’est la distribution », martèle-t-il.
Pour les chaînes gratuites, le raisonnement est simple : il faut maximiser la présence. « CNews c’est un modèle de chaîne gratuite », dit-il, donc « on a intérêt… qu’il y ait un maximum de distribution ». Et il glisse une idée qui résume bien l’époque : « La TNT… ce n’est plus l’alpha et l’oméga de la diffusion. »
À l’inverse, pour le payant, Canal+ affirme maintenir une frontière claire avec les plateformes gratuites. « Pour Canal+ et toutes les chaînes payantes, on ne peut pas utiliser des plateformes gratuites », tranche-t-il, rappelant le principe de valeur : « Ils payent pour des exclusivités ».
Mais la plateforme Canal+ devient aussi un outil de conversion. « On a commencé à faire… c’est d’ouvrir l’appli Canal+ à des prospects », explique-t-il, évoquant « des dizaines de milliers de personnes » qui consomment des programmes sans être abonnées.
Canal+ veut une offre plus souple et un churn « au plus bas »
Autre bascule assumée : la flexibilité commerciale. Gérald-Brice Viret revendique un modèle d’abonnement moins rigide. « Aujourd’hui, vous avez la possibilité de prendre à la carte Canal+ tous les mois », dit-il, en détaillant : « pour un mois, pour deux mois, pour trois mois ».
Le groupe y voit un double effet : plus d’accessibilité, mais aussi plus d’exigence de performance. « Ça nous permet de nous challenger chaque mois », poursuit-il. Et côté indicateurs, il se félicite d’un taux de churn « au plus bas ».
Jean-Marc Morandini reste sur CNews
Gérald-Brice Viret a aussi été interrogé sur la décision du groupe de maintenir Jean-Marc Morandini à l’antenne malgré la décision de la cour de cassation qui confirme la condamnation pour corruption de mineurs. Le directeur général de Canal+ explique que la situation avait été anticipée et que la décision a été prise avec Serge Nedjar, patron de CNews. « Nous avons décidé de le garder à l’antenne », confirme-t-il, en précisant que l’animateur souhaite « continuer le combat auprès de la Cour européenne ».
Disney parti HBO Max et Apple pour compenser
Interrogé sur la fin de la relation avec Disney, Gérald-Brice Viret cherche à banaliser la rupture et à la présenter comme une substitution contrôlée. « Disney est un partenaire historique », rappelle-t-il, tout en assumant : « On a fait sans Disney ».
Le point clé, c’est l’absence d’impact sur le parc. « Il n’y a pas eu de désabonnement », affirme-t-il, en expliquant que « les plateformes se compensent entre elles ». Canal+ met en avant son rôle d’agrégateur : « On a HBO Max… Warner… Apple », liste-t-il, et « toutes les chaînes de l’agrégation ».
Prisma Media : « le numérique n’est pas au rendez-vous »
Sur Prisma, Gérald-Brice Viret adopte un ton plus industriel, en rappelant d’abord la valeur du portefeuille. « Prisma, il y a des marques magnifiques », insiste-t-il, citant « les marques féminines », mais aussi « Capital » ou « Géo ».
Mais il dresse surtout un constat de marché. « On fait face à… la baisse de la vente du papier », explique-t-il, en ajoutant une pression plus récente : « un contournement aujourd’hui sur Google et d’autres, avec l’intelligence artificielle de nos contenus ».
Le cœur du sujet est économique. « On pensait que le numérique allait nous amener énormément de revenus, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas », confie-t-il. Et il va plus loin : « au contraire, ce deuxième moteur est en train de baisser ». Conséquence directe : « il faut qu’on revoie nos coûts de fabrication ».
Il confirme aussi un cadrage financier prudent : Prisma serait « légèrement rentable », et le groupe doit « être plus attentif encore au coût » pour les prochaines années.
Capital au centre des synergies avec le pôle info
Parmi les dossiers structurants, Capital apparaît comme un actif stratégique, à la fois économique et symbolique. Gérald-Brice Viret annonce vouloir en faire « une très belle marque Capital », rappelant un dispositif déjà existant : « Capital… en partenariat avec Europe 1 sur tous les investissements financiers ».
Le dirigeant confirme une intégration opérationnelle à venir : « le premier projet, c’est qu’ils arrivent au sein du pôle info, CNews, JDD News la semaine prochaine ». Même si ils seront installés dans l’immeuble de Lagardère dans le 15ème arrondissement de Paris, les salariés resteront dans le giron de Prisma.
Sur le volet RH, la situation est plus sensible : « On a ouvert la clause de conscience sur Capital », et « il y a une quinzaine de journalistes qui sont partis à date ». Avec une promesse de reconstitution : « nous allons recruter d’autres journalistes ».
L’IA oui mais « on ne va pas remplacer les journalistes »
Enfin, sur l’intelligence artificielle, Gérald-Brice Viret veut couper court aux interprétations anxiogènes : « On va s’appuyer sur l’intelligence artificielle, mais on ne va pas remplacer les journalistes. »
La ligne affichée est de rester sur un pilotage éditorial humain : « On veut qu’il y ait des journalistes toujours », affirme-t-il, en évoquant une IA utilisée comme support d’analyse et d’optimisation, mais pas comme substitut.