Emmanuel Macron, en mai 2024 en Nouvelle-Calédonie.

LUDOVIC MARIN / AFP

Emmanuel Macron, en mai 2024 en Nouvelle-Calédonie.

Le rendez-vous a été maintenu. Ce vendredi 16 janvier, Emmanuel Macron reçoit les forces politiques de Nouvelle-Calédonie, sans le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) qui a décliné. En conviant l’ensemble des acteurs, l’Élysée espère débloquer l’épineux dossier de l’avenir institutionnel de l’archipel. Car l’accord de Bougival est encore controversé, au point que le doute se crée sur sa concrétisation.

Ce nouveau cycle d’échanges sur le statut du Caillou doit durer au moins deux jours. Ce vendredi, une réunion plénière est organisée autour du président de la République, en présence des représentants calédoniens du Rassemblement, de Calédonie Ensemble, de l’Éveil Océanien et de l’UNI-Palika, des parlementaires calédoniens, des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, et de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou. Cette première séance « permettra au président de la République de recueillir les avis de chacun et les explications attendues par chacun » sur l’accord de Bougival. Des tables rondes et ateliers sont ensuite prévus le samedi.

Malgré l’absence du FLNKS, principal opposant au texte, l’Élysée a conservé son programme au nom de « la forte attente de la population calédonienne ». Le temps presse : la date fixée par le Conseil constitutionnel pour les élections provinciales approche, et les Calédoniens se déchirent sur le dégel ou non du corps électoral, censé être tranché par l’application de l’accord de Bougival. Même si l’Élysée envisage un report de quelques mois (septembre au lieu de juin) pour laisser le temps aux discussions, le sujet reste au cœur des préoccupations des partis. S’y ajoutent également des questions économiques. L’objectif présidentiel est donc clairement affiché : il faut « aboutir à un document qui pourrait apporter les clarifications attendues par les acteurs qui ont signé l’accord du 12 juillet ». Et qui permettrait donc de sortir de l’impasse.

L’Élysée reconnaît des manquements dans l’accord de Bougival

N’allez pas pour autant parler de « nouvel accord » à venir aux conseillers élyséens. Le Palais le martèle, le texte conclu à l’été reste « un socle, un document de référence ». Ce, même si les conseillers du chef de l’État se gardent bien d’utiliser l’expression consacrée « d’accord de Bougival ». « Nous constatons parfois chez certains que cet accord du 12 juillet est devenu par son nom même un empêchement d’avancer plus loin » reconnaît l’un d’eux.

Soucieux de se montrer réceptif aux doléances des élus indépendantistes calédoniens, le terme disparaît donc progressivement du langage officiel et la présidence reconnaît en parallèle des failles. « L’accord a été conclu dans une négociation dense et tout n’a pas pu être éclairci et exposé à ce moment-là », souligne-t-on. En décembre dans une interview au Monde, la ministre des Outre-mer évoquait déjà des sujets cruciaux insuffisamment tranchés, comme la reconnaissance du peuple kanak, les « signes identitaires de l’État de la Nouvelle-Calédonie » et la traduction juridique de l’autodétermination. Ce sont ces points qui seront au centre des discussions.

Tous les conseillers reconnaissent le besoin d’y apporter « des éclaircissements ». Mais ils se gardent bien de parler de « modifications ». Hors de question en effet de mettre à la poubelle un texte qualifié « d’historique » par Emmanuel Macron lui-même au moment de sa signature. Il en va de la crédibilité du chef de l’État… Et aussi de ne pas perdre la face dans la petite guéguerre qui l’oppose à son ancien Premier ministre Gabriel Attal. Car après s’être rendu sur le Caillou avec une délégation de députés début janvier, l’ancien Premier ministre s’est fendu à la veille du rendez-vous élyséen d’une tribune où il enjoint l’État « à tenir parole » et à ne pas « avoir la main qui tremble au moment de signer ce qu’il a lui-même négocié ». « L’avenir de la Nouvelle-Calédonie passe par l’application de l’accord de Bougival, tout l’accord de Bougival, rien que l’accord de Bougival » écrivent les signataires dans L’Opinion.

Un texte de « compromis » (et son nom) à trouver

Voilà donc l’Élysée contraint de ménager la chèvre et le chou. Le Palais espère parvenir à un « compromis » qui permette de débloquer la situation avec les formations calédoniennes réticentes tout en faisant « résonner (l’accord) du 12 juillet et ce qui va se passer à partir du 16 janvier ». Si l’issue est favorable, le document obtenu ne sera que « complémentaire » de celui du 12 juillet et d’ailleurs, les dispositions qu’il contiendrait seraient ajoutées par voie d’amendements gouvernementaux au projet de loi Constitutionnel, précise le Palais, officiellement pour des contraintes d’agenda.

Reste que l’absence du FLNKS pourrait malgré tout provoquer des débats sur leurs légitimités. L’Élysée se défend des accusations de passage en force en répétant que « sa porte est toujours ouverte », mais cela ne l’empêche pas de préparer sa réponse. « Si compromis il y a avec 5 des 6 groupes politiques présents au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, cela représentera quand même un large assentiment de ceux qui siègent », glisse-t-on. Quant au nom que prendrait l’accord ainsi complété, « on verra dans les discussions s’il convient d’en donner un nouveau pour bien représenter l’assentiment de l’ensemble des parties. Dans le monde kanak, le symbolisme a une dimension forte », fait-on valoir. Si l’accord n’est pas officiellement enterré, son nom, lui, risque de ne pas passer à la postérité.