Dans un contexte où les intentions de vote pour le candidat RN à Marseille prennent de l’ampleur, les librairies qui se veulent refuge de l’esprit critique sont en proie à de plus en plus d’agressions. C’est ce que nous confie Michel Touzet, l’un des fondateurs de la librairie Transit, boulevard de la Libération (1er) à Marseille, qui a vu sa vitrine taguée d’une croix celtique « par l’extrême droite » assure-t-il. « Nous avons porté plainte, sachant qu’il y a très peu de chance qu’on retrouve le type qui a fait ça, mais au moins, la justice s’en occupe, la police fera une enquête, un dossier sera ouvert, ajoute le libraire. Ça permet que, si jamais la situation empire ou s’ils recommencent, cela ne tombe pas tout d’un coup du ciel. »
« Il y a eu un changement »
Pour Michel Touzet, dont la librairie associative dénonce depuis 13 ans déjà le fascisme et l’extrême droite à travers les livres proposés et ses soirées, « il y a eu un changement, ils n’hésitent plus. La librairie est un fond de pensée critique, de textes progressistes, notamment antifascistes, donc on est mêmes étonnés que ça n’arrive que maintenant ». Pour lui, le phénomène s’explique en partie par les scores élevés de l’extrême droite « aux législatives ». De quoi libérer, à ses yeux, « pas mal de gens. Ils se permettent de faire des choses maintenant ».
La librairie Transit est loin d’être la seule à avoir subi des attaques. C’est ce phénomène que va dénoncer la branche Métiers du livre de l’union syndicale SUD Culture Solidaires, lors d’une conférence de presse, ce vendredi à Paris. Leur avocat, Maître Laforcade, sera présent. Un guide d’autodéfense juridique en cas d’attaque sera présenté pour aider les libraires à « faire les bonnes démarches », souligne Michel Touzet. Pour ce dernier, hors de question de se laisser faire : « On ne changera pas de ligne, ça serait nous désavouer. J’arrêterais tout si on devait nous dire qu’on ne pouvait plus faire comme avant. Ça serait sans moi. Ça veut dire qu’ils auraient gagné. » Il ajoute, prudent : « On est un peu plus attentif à notre sécurité. On doit être au moins deux à chaque fois pour ne pas qu’il y ait de mauvaises surprises. »