Si la Cie Libertivore est installée à Marseille, sa chorégraphe Fanny Soriano, originaire d’Échirolles, a un lien spécial avec l’Isère. Pas étonnant donc de la retrouver à l’Hexagone, à Meylan, avec Faune, un spectacle mettant en scène des bois de cerf.
Hêtre, Phasmes, Brame, et maintenant Faune. À voir vos titres de spectacles, la nature vous inspire…
F.S. Oui, clairement. Pour moi, nous faisons partie de la nature. Je me rends compte de l’importance de nous remettre en lien avec elle. Cela nous aide à mieux comprendre le monde. Nous n’y avons pas fait attention pendant trop longtemps… et même encore aujourd’hui.
Comment vous est venue l’idée d’utiliser des bois de cerf ?
F.S. J’en ai trouvé un dans la forêt, au-dessus de Grenoble, où mes parents ont une maison. Beaucoup de mes scénographies viennent de promenades que j’ai faites autour de ce lieu, vers Chamrousse. Je travaille souvent avec des objets scénographiques non dédiés, qui ont un vaste imaginaire, comme des branches d’arbres ou des racines. En voyant ce bois, je me suis rendu compte de son potentiel. Dans le cirque, on aime bien prendre un objet et voir ce que l’on peut faire avec.
Que symbolise le cerf, selon vous ?
F.S. Le cerf est fascinant : il a des bois, comme un arbre, qui lui poussent sur la tête et qui tombent tous les ans. Par essence, cela réveille quelque chose de merveilleux. C’est un animal que l’on voit souvent dans les livres, à défaut de le voir en vrai parce qu’il a peur de l’homme. C’est aussi un animal qui est plein de symboles : virilité, renouvellement des saisons, dignité…
Comment comptez-vous utiliser les bois sur scène ?
F.S. Il y a trois femmes au plateau. J’avais envie de faire un lien entre le cerf qui est chassé dans son environnement naturel et les femmes qui se promènent dans la rue, qui sont sur le qui-vive, qui se sentent un peu comme une proie. L’idée est de trouver la part sauvage de ces femmes et de ces bois, de retrouver un lien avec l’organique.
Ce spectacle mêle à la fois danse et cirque…
F.S. Tout à fait, il y aura plusieurs bois suspendus pour la danse aérienne et un travail de partnering, qui est une forme d’acrobatie. Au sol, les bois sont manipulés, comme des excroissances du corps : ils servent de prothèse, de béquilles ou d’antennes. Avec peu de choses, on peut faire beaucoup.
Le fait d’avoir un décor minimaliste, est-ce une façon de pouvoir transporter facilement votre spectacle ?
F.S. Oui, je veux pouvoir voyager en train, ce qui est le cas avec cette scénographie. Il y avait l’envie d’avoir une tournée écologiquement cohérente. Pour jouer ce spectacle dans l’espace public, il nous faut un point d’accroche, donc nous avons un portique en carbone, léger, qui pourrait éventuellement être mis dans une remorque de vélo.
Qu’en est-il de la musique ?
F.S. Jules Beckman a composé la musique, avec des instruments, très peu d’électronique. La musique est donc vraiment jouée, même si elle est enregistrée. Il y a aussi du chant en live, qui a été composé par Karine Berny, l’une des chanteuses du groupe occitan La Mal Coiffée. Souvent, les artistes de cirque n’ont pas de voix, ils n’ont qu’un corps. Je voulais travailler sur le sauvage. Cela me semblait nécessaire de partir du souffle qui devient une voix, qui devient des mots, qui deviennent des cris…
Faune : du mardi 20 au jeudi 22 janvier, à 20 h, à l’Hexagone,
à Meylan. 04 76 90 00 45. De 6 à 24 €.