Par

Sarah Coulet

Publié le

16 janv. 2026 à 15h16

Nouvelle attaque contre Violette and Co. Déjà ciblée en juillet 2025 par des menaces de mort et des tags, la librairie féministe et LGBT + a été perquisitionnée, mercredi 7 janvier 2026. 

Une fouille de 45 minutes pour un livre pas en stock

L’objet de cette perquisition est le même que celui des attaques de l’été dernier : la vente du livre de coloriage From the river to the sea [slogan qui appelle à la destruction de l’État d’Israël pour les uns, ou revendique un État où les Palestiniens et les Israéliens cohabiteraient avec les mêmes droits pour les autres, comme le rappelle CheckNews], qui raconte l’histoire de la Palestine. « Un ouvrage qui ne se trouvait plus en stock », précise la librairie sur Instagram ce vendredi 16 janvier 2026.

Dans ce post, les salariés reviennent sur les faits. À l’ouverture de la librairie, cinq policiers en uniforme et armés, accompagnés d’un procureur de la République, sont entrés dans les locaux, situés rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11e arrondissement.

« Pendant quarante-cinq minutes, la librairie a fait l’objet d’une fouille méthodique : rayonnages inspectés, cartons de livres ouverts un à un, réserves et salle de pause fouillées devant les salarié·es présent·es sur place, choqué·es et impuissant·es. » Dans le même temps, deux policiers, dont un était masqué, empêchaient les clients d’entrer.

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Plainte perdue et irrégularités

À l’issue de la fouille, « le procureur nous informe que nous sommes convoqué·es au commissariat du 11e arrondissement le jeudi 22 janvier pour une audition libre, dans le cadre d’une enquête préliminaire », retracent les employé·es de la librairie, qui en ont profité pour demander où en était la plainte déposée en septembre pour les dégradations et menaces de l’été. « Après une réponse très floue, nous apprendrons quelques heures plus tard au téléphone que notre plainte a été “perdue” », déplorent-elles et dénoncent « une descente de police disproportionnée » et « une dérive autoritaire inédite et préoccupante ».

Dans le même temps, les gérantes mettent en lumière plusieurs actions qui leur semblent être des irrégularités : « la perquisition a eu lieu sans notre consentement, ce qui, dans le cadre d’une enquête préliminaire, est illégal. Par ailleurs, malgré nos refus répétés et explicites de nous soumettre à un contrôle d’identité, nos documents d’identité ont été pris en photo et nos informations personnelles collectées. »

Une descente de police « inédite en France »

Interrogé sur ce point, le parquet de Paris explique que la perquisition a été décidée à la suite d’un signalement du ministère de l’Intérieur sur la vente du livre de coloriage. « Cet ouvrage, édité en Afrique du Sud, avait en effet fait l’objet d’une interdiction d’importation par la commission presse de la DPJJ. » Selon Violette and Co, la maison d’édition n’a été informée de cet avis que le lendemain de la descente des forces de l’ordre.

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Le ministère public aurait confié au commissariat du 11e une enquête pour « importation de publication destinée à la jeunesse comportant un contenu dangereux pour elle en raison de son caractère pornographique, illégal ou immoral » (délit faisant encourir un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende).

La librairie a profité de sa publication pour justifier sa décision de proposer à la vente l’ouvrage « en plein génocide de la population gazaouie. Nous avons jugé qu’il s’agissait d’un livre important, bien documenté, porteur d’un idéal de justice et de paix ». Et de conclure : « Cette descente de police disproportionnée dans un lieu culturel est inédite en France et très préoccupante quant aux libertés fondamentales des librairies. »

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